famine et génocide
Par ptit moine le lundi 1 décembre 2008, 12:00 - réflexions - Lien permanent
En complément, je propose un article de Viktor Kondrachine qui éclaire de façon différente la grande famine qui sévit en Union soviétique dans les années 1930. Plusieurs membres de ma famille ayant péri à cette époque.
L'Holodomor de 1932-1933, une tragédie partagée
Par Viktor Kondrachine, docteur en histoire
L'Ukraine vient de célébrer le 75e anniversaire de l'Holodomor. En Russie, vous
ne trouverez pas d'ouvrages spécifiquement consacrés à l'analyse de la famine
ukrainienne de 1932-1933. Et cela va de soi, les historiens russes étudiant la
famine qui a frappé l'ensemble des régions de l'ex-URSS. Les motivations
politiques des chercheurs ukrainiens présentant cette famine comme une forme de
génocide contre le peuple ukrainien sautent aux yeux.
A l'instar de nombreux autres historiens, je m'oppose catégoriquement à cette
thèse biaisée et politisée. Les événements survenus en 1932-1933 en URSS
doivent réunir et non pas séparer la Russie et l'Ukraine. Il s'agit d'une
tragédie commune dont les leçons devraient aujourd'hui raffermir les liens
historiques entre les peuples russe et ukrainien, à l'heure de la complexe
émergence d'une nouvelle forme d'Etat.
Or, les partisans du concept d'Holodomor en Ukraine considèrent celui-ci comme
un phénomène spécifiquement ukrainien et comme un acte de "génocide du peuple
de l'Ukraine" perpétré par le régime stalinien. En réalité, il convient de
considérer cette famine comme le résultat des mauvais calculs de la politique
stalinienne, étroitement liée au problème - plus général - de la modernisation
industrielle de l'URSS, menée à bien par des méthodes musclées à la fin des
années 1920 et au début des années 1930.
Quels sont les arguments des partisans de la version du "génocide"? Ceux-ci
assurent que les victimes de la famine furent beaucoup plus nombreuses dans
l'ancienne Ukraine soviétique que dans les territoires russes d'une superficie
comparable, comme par exemple la région de la Volga. Mais les auteurs de ce
concept ne disposent d'aucun document prouvant que le régime stalinien ait eu
pour objectif d'anéantir le peuple ukrainien au moyen de l'Holodomor. En
témoignent les conclusions de la Commission internationale chargée de l'enquête
sur la famine de 1932-1933 en Ukraine. Après avoir étudié l'ensemble des
documents d'archives, des témoignages et des avis de chercheurs qui lui avaient
été présentés, la commission a conclu qu'elle n'était pas en mesure de
confirmer l'existence d'un projet préconçu d'organisation d'une famine en
Ukraine destiné à assurer le succès de la politique de Moscou. Par ailleurs,
les ouvrages de l'Institut d'histoire russe de l'Académie russe des sciences
démontrent de toute évidence que la famine de 1932-1933 fut provoquée par la
collectivisation forcée menée sur l'ensemble du territoire de l'URSS. Ces
conclusions se fondent sur l'analyse de documents, auparavant inconsultables,
provenant d'archives centrales et locales, dont les Archives centrales du
Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie.
La participation de chercheurs occidentaux de renom à l'étude de ces documents
leur a permis de conclure que Staline n'avait pas organisé à dessein une famine
en Ukraine, bien qu'il n'eût rien fait pour éviter cette tragédie. En examinant
les ouvrages de spécialistes occidentaux de l'histoire russe, on ne peut passer
outre le point de vue des opposants du concept de "génocide par l'Holodomor",
tels que S. Merl (Allemagne), S. Fitzpatrick (Etats-Unis), M. Tauger
(Etats-Unis), et d'autres encore. Par exemple, S. Fitzpatrick, qui impute la
responsabilité de cette tragédie aux dirigeants staliniens et se réfère au prix
Nobel Amartya Sen, un grand spécialiste de l'étude de la famine, affirme à
juste titre que la famine de 1932-1933 constituait "plutôt un événement normal
qu'une exception dans l'histoire contemporaine de la famine".
Le lien entre industrialisation et famine est évident, la première ayant généré
des exportations qui ont déclenché la seconde. Cette particularité de
l'industrialisation soviétique n'est toutefois pas l'apanage du régime
stalinien. Ainsi, la Russie avait exporté environ 10 millions de tonnes de
céréales entre 1887 et 1891, dans le but d'accumuler des ressources destinées à
soutenir l'industrialisation, ce qui avait provoqué la grande famine de
1891-1892. Entre 1930 et 1933, l'URSS exporta près de 13 millions de tonnes de
céréales, d'où l'ampleur de la tragédie dans les régions productrices de
blé.
La thèse du "génocide par l'Holodomor" est également peu plausible quand on se
penche sur le comportement du régime stalinien à la veille et au cours de la
famine. S'il avait souhaité perpétrer un génocide, il aurait dû agir avec la
même logique que les nazis vis-à-vis des "ghettos juifs" pendant la Seconde
Guerre mondiale, c'est-à-dire mener l'affaire jusqu'au bout, couper
l'approvisionnement de l'Ukraine en nourriture et d'autres ressources. Mais ce
ne fut pas le cas.
En 1933, l'Ukraine obtint au total 501.000 tonnes de céréales sous forme de
prêts, soit 7,5 fois plus qu'en 1932 (65.600 tonnes). Les régions russes (à
l'exception du Kazakhstan) reçurent 990.000 tonnes, c'est-à-dire, seulement 1,5
fois plus qu'en 1932 (650.000 tonnes).
Au cours de cette année, le centre accorda donc à l'Ukraine autant d'aliments
et de céréales que l'ensemble de la Russie soviétique en avait obtenus en 1922
de toutes les organisations internationales participant au programme de lutte
contre la faim en Russie.
Pourquoi le centre envoya-t-il précisément en Ukraine une quantité aussi
importante de céréales en 1933? Parce que c'est précisément dans les régions
céréalières de cette république que la situation se révéla la plus compliquée,
menaçant de faire échouer la campagne des semailles. Or, les dirigeants
staliniens ne pouvaient tolérer une telle situation en raison du rôle
particulier joué par cette région dans la production céréalière de
l'URSS.
Concernant la situation en Ukraine en 1932, il convient de souligner que les
dirigeants ukrainiens n'informèrent pas leurs supérieurs hiérarchiques de
l'étendue famine constatée dans leurs régions. Ils assument donc dans une
grande mesure la responsabilité de l'envergure de cette famine et de la
réaction tardive du centre. En témoigne notamment avec éloquence une lettre
adressée à Staline par le secrétaire général du Comité central du Parti
communiste ukrainien Stanislav Kossior le 26 avril 1932: "Nous recensons
certains cas isolés de famine et même certains villages affamés, mais il ne
s'agit là que du résultat de la maladresse des autorités locales et d'abus, en
particulier dans les kolkhozes. Il convient de rejeter catégoriquement tout
débat concernant une "famine" en Ukraine".
Certains documents connus des historiens attestent du fait que Staline autorisa
en 1933 la livraison de blé à l'Ukraine, au détriment des régions russes. Pour
ne citer qu'un fait, rappelons que le 27 juin 1933, le secrétaire du Comité
central du Parti communiste ukrainien Khataïevitch adressa à Staline un
cryptogramme dans lequel il racontait: "Les pluies incessantes de ces dix
derniers jours ont considérablement ralenti la maturation des céréales et
ajourné la récolte. Dans les kolkhozes de certaines région, le blé que nous
avions octroyé est totalement ou quasiment épuisé. La situation alimentaire
s'est considérablement aggravée, ce qui est particulièrement dangereux à la
veille de la récolte. Je vous prie instamment de nous accorder, si c'est
possible, 50.000 pouds (1 poud = 16,38 kg) supplémentaires [de blé]". Ce
document porte une mention faite par Staline: "Il faut les leur accorder". Dans
le même temps, Staline refusa d'accorder une aide alimentaire demandée le 3
juillet 1933 par le chef du secteur politique de la station de machines et de
tracteurs de Novoouzensk, sur la Volga.
Le fait que la famine s'abattit simultanément sur les zones de collectivisation
intense constitue, à notre avis, un argument capital contre le concept de
"génocide via l'Holodomor". Il démontre en outre que la situation en Ukraine
n'avait rien d'exceptionnel par rapport aux autres régions du pays. Il est
établi que la famine se propagea en 1932 et 1933 non seulement en Ukraine, mais
également le long du Don et du Kouban, dans la région de la Volga, dans l'Oural
du Sud, en Sibérie occidentale et au Kazakhstan. Le concept de génocide n'est
pas non plus convainquant du point de vue des statistiques démographiques, car
celles-ci montrent que proportionnellement, le nombre de victimes de la famine
a été le même dans ses épicentres, c'est-à-dire, dans toutes les régions
céréalières de l'URSS. Une analyse comparative des recensements de 1926 et de
1937 permet d'établir que la réduction de la population rurale dans les régions
soviétiques frappées par la famine de 1932-1933 était la suivante: Kazakhstan -
30,9%, région de la Volga - 23%, Ukraine - 20,5%, Caucase du Nord - 20,4%. Les
documents relatifs aux recensements montrent qu'au moins quatre régions de la
RSFSR (République socialiste fédérative soviétique de Russie), à savoir la
région de Saratov, la république autonome des Allemands de la Volga, le
territoire d'Azov et de la mer Noire et la région de Tcheliabinsk (Oural du
Sud), pâtirent beaucoup plus que l'Ukraine.
Selon nos estimations, la famine emporta en dehors de l'Ukraine entre 4 et 5
millions de vies (peut-être plus) en 1932 et 1933. Il y a donc tout lieu
d'affirmer que la famine de cette période est le résultat de la politique
antipaysanne du régime stalinien, de ses erreurs et de ses mesures inhumaines
et criminelles envers les paysans. Celles-ci eurent pour conséquence la
destruction de l'agriculture du pays et la propagation de la famine.
Personne n'avait planifié la famine, mais le régime stalinien en profita pour
forcer les paysans à travailler dans les kolkhozes et pour imposer sa ligne
politique.
La famine ne choisit pas les peuples qu'elle frappa. Il n'y eut aucun génocide
du peuple ukrainien, mais une tragédie commune des Ukrainiens, des Russes et
d'autres citoyens du pays, dont les dirigeants soviétiques portent la
responsabilité.



Commentaires
Ce texte est une reproduction de l’original typographié retrouvé dans les documents de Raphaël LEMKIN – Département des manuscrits et archives, Bibliothèque publique de New York , Fondations Astor, Lenox et Tilden, boîte 2, dossier 16. A l’exception d’erreurs typographiques manifestes qui ont été identifiées et corrigées, la terminologie et l’orthographe des noms géographiques utilisées par l’auteur ont été conservées.
Traduction de l’anglais par Nicolas CUZIN – Pt Comité UKRAINE 33Raphaël LEMKIN
Un GENOCIDE SOVIETIQUE EN UKRAINE*Sossyura - AIMEZ L’UKRAINE -« Vous ne pouvez aimer les autres peuples si vous n’aimez pas l’UKRAINE » (1)
Ce (2) dont je veux vous parler est peut être l’exemple type du Génocide Soviétique, son expérience la plus ancienne et la plus achevée en terme de Russification – la destruction de la nation Ukrainienne. Il s’agit tout simplement – comme je l’ai dit - de la suite logique des crimes tsaristes tels que la noyade ordonnée par Catherine la Grande, de 10.000 Tatars de
Crimée, les crimes de masse perpétrés par les « troupes S.S » d’Ivan le Terrible – l’Oprichtchina - l’extermination des leaders nationaux polonais, et des catholiques ukrainiens par Nicolas 1er et les séries de pogroms anti-juifs, qui ont entaché périodiquement l’Histoire Russe. Cela s’est déjà traduit au sein de l’Union Soviétique par l’annihilation de la nation ingérienne, des cosaques du Don et du Kouban, , des Tatars de la République de Crimée des nations Baltes : Lituanie, Lettonie, Estonie, . Tous ces cas sont des exemples de la politique à long terme de liquidation des peuples non Russes, par la suppression d’éléments spécifiques.
L’Ukraine constitue une parcelle méridionale de l’URSSS comparable par sa superficie à la France et à l’Italie , et comprenant plus de 30 millions d’habitants (3). Véritable grenier à blé de la Russie, sa géographie a fait de l’UKRAINE un point d’accès stratégique vers le pétrole du Caucase, de l’Iran et vers l’ensemble du Moyen-Orient. Au Nord, elle borde la Russie à proprement parler.Aussi longtemps que l’Ukraine conservera son unité Nationale, aussi longtemps que son peuple continuera à se considérer comme ukrainien et à revendiquer son indépendance, l’Ukraine représentera une sérieuse menace pour le cœur même du soviétisme. Il n’y a rien de surprenant à ce que les leaders communistes aient attaché depuis longtemps la plus grande importance à la russification de ce membre indépendantiste de leur « Union des Républiques » et aient décidé de le rendre conforme à leur modèle d’une nation russe unique. Tout simplement parce que l’Ukrainien n’est pas et n’a jamais été un Russe ; sa culture, son tempérament, sa langue, sa religion ….tout est différent. Au voisinage immédiat de MOSCOU, il a toujours refusé d’être collectivisé, acceptant la déportation et même la mort. Il est donc particulièrement important que l’ Ukrainien soit réajusté au moule de l’Homme Soviétique idéal.
L’Ukraine est gravement menacée par le meurtre racial de catégories spécifiques, de sorte que les tactiques communistes sur place n’ont pas vraiment pris la même forme que les attaques allemandes contre les Juifs. Cette nation est trop peuplée pour être complètement et efficacement exterminée. Quoi qu’il en soit, ses leaders religieux, intellectuels, politiques et ses élites sont assez peu nombreux et ils sont éliminés facilement. Et c’est sur ces groupes que la toute puissance de la machine soviétique s’est abattue avec ses armes habituelles que sont le meurtre de masse, la déportation et les travaux forcés, l’exil et la famine.Les attaques se sont toujours manifestées de la même façon avec un mode opératoire sans cesse réitéré afin d’écraser toute nouvelle manifestation de l’esprit national. Le premier coup a été porté contre l’Intelligentsia, la conscience nationale, afin de paralyser le reste de la Société. En 1920, 1926, et à nouveau entre 1930 et 1933, les enseignants, écrivains, artistes, penseurs, leaders politiques ont été liquidés, emprisonnés ou déportés. Selon le trimestriel Ukrainian Quaterly paru en Automne 1948, 51713 intellectuels ont été envoyés en Sibérie pour la seule année 1931. Au moins 114 éminents poètes, écrivains et artistes, les éléments culturels les plus brillants de la nation, ont connu le même sort. Les estimations les plus prudentes indiquent qu’au moins 75% des intellectuels ukrainiens et des entrepreneurs d’Ukraine occidentale, d’Ukraine carpatique et de la Bucovine ont été brutalement exterminés par les Russes ( ibid – Ukrainian Quaterly - été 1949 )En parallèle avec ces attaques contre l’intelligentsia ont été déclenchées des offensives contre les églises, les prêtres, leurs hiérarchies, l’Ame de l’Ukraine. Entre 1926 et 1932, l’Eglise ukrainienne autocéphale, son Métropolite (Lipkisky) et 10.000 membres du clergé ont été liquidés. En 1945 quand les soviétiques se sont établis en Ukraine occidentaleun sort similaire a été réservé à l’Eglise Catholique Ukrainienne. Que la russification ait été le motif unique de ces actions est clairement démontré par le fait que, avant sa liquidation, on ait proposé à l’Eglise de rejoindre le Patriarcat de Moscou, l’instrument politique du Kremlin.
Deux semaines seulement avant la Conférence de San Francisco, 11 Avril 1945, undétachement du NKVD a encerclé la Cathédrale St Georges à Lviv, arrêté le Métropolite SLIPYJ, 2 évêques, 2 prélats et de nombreux prêtres (4). Tous les étudiants du séminaire théologique ont été expulsés de leur école, tandis qu’on expliquait aux professeurs que l’Eglise gréco-catholique avait cessé d’exister, que leur Métropolite avait été arrêté, et qu’il serait remplacé par un évêque désigné par les Soviétiques. Ces faits se sont répétés à travers toute l’Ukraine occidentale, et en Pologne, au-delà de la ligne Curzon (5). Au moins 7 évêques ont été arrêtés, et l’on n’a plus jamais entendu parler d’eux ; il n’y a plus aucun évêque de l’Eglise catholique ukrainienne libre dans cette zone. 500 prêtres qui s’étaient rassemblés pour protester contre les actions des Soviétiques ont été arrêtés ou abattus. Dans toute la région les prêtres et les fidèles ont été tués par centaines, alors que des milliers d’entre eux ont été envoyés dans des camps de travaux forcés. Des villages entiers ont été dépeuplés. Pendant la déportation les familles ont été délibérément séparés, les pères en Sibérie, les mères dans les briqueteries au Turkestan et les enfants dans des internats pour y être « éduqués ». Pour le seul crime d’être ukrainienne, l’Eglise elle-même a été déclarée nuisible à la prospérité de l’Etat Soviétique et ses membres ont été fichés par la police politique en tant qu’ennemis du peuple potentiels.
En conséquence, à l’exception de 150.000 fidèles en Slovaquie, l’Eglise catholique d’Ukraine a officiellement été liquidée, sa hiérarchie emprisonnée, son clergé dispersé et enfermé.Ces attaques contre la Spiritualité, ont eu et continuent d’avoir des effets désastreux sur les élites de l’Ukraine, dans la mesure où ce sont les familles du clergé qui ont traditionnellement fourni une partie importante des élites, tandis que les prêtres eux-mêmes ont toujours été des leaders dans leurs villages et leurs épouses responsables d’organisations charitables (selon la tradition byzantine, les prêtres ont le droit de se marier et de fonder une famille- ndt). Les ordres religieux, de leur côté, géraient les écoles et s’occupaient des œuvres de bienfaisance.La troisième attaque du plan soviétique était dirigée contre les fermiers, la très grande masse de paysans indépendants qui sont les dépositaires des traditions, du « folklore » et de la musique, de la langue nationale, de la littérature de l’Ukraine..L’arme utilisée contre cette partie de la population est sans doute la plus terrible de toutes – la famine. Entre 1932/19335 millions d’ukrainiens sont morts de faim. Un acte inhumain que le 73° Congrès a dénoncé le 28 Mai 1934 (6). On a bien essayé de dissimuler ce sommet de la cruauté soviétique, de le réduire à un problème économique lié à la collectivisation des terres à blé et à l’élimination des koulaks (fermiers indépendants), qui apparaissait de ce fait indispensable. Il n’en reste pas moins que les grands propriétaires terriens, étaient très peu nombreux en Ukraine, et très dispersés. L’auteur soviétique KOSSIOR (7) a déclaré dans les Izvestias du 2 Décembre 1933 que « Le nationalisme ukrainien est notre danger principal », et c’est pour cette raison, pour détruire ce nationalisme, pour mettre en place l’horrible uniformité de l’Etat Soviétique, que la paysannerie ukrainienne a été sacrifiée. La méthode employée dans cette partie du plan n’a pas du tout été restreinte à un groupe particulier. Tous ont souffert : les hommes, les femmes, et les enfants. La récolte, cette année, était largement suffisante pour nourrir toute la population et le bétail d’Ukraine, même si elle était inférieure à celle de l’année précédente une baisse due, probablement, au combat contre la collectivisation. Mais une famine était nécessaire aux soviétiques et ainsi en ont-ils décrété une, dans le cadre du Plan, au travers de réquisitions inhabituellement élevées au bénéfice de l’Etat. Et par-dessus tout, des milliers d’hectares de blé n’ont pas été moissonnés et ont fini par pourrir dans les champs. Le reste a été envoyé dans les silos gouvernementaux pour y être stocké jusqu’à ce que les autorités aient décidé de quelle façon l’utiliser. La part la plus importante de cette récolte, si vitale pour la survie du peuple ukrainien, a fini sous forme d’exportations destinées à rapporter des devises depuis l’étranger.
Confrontés à cette famine, des milliers des fermiers ont quitté les zones rurales et se sont alors dirigés vers les villes pour y mendier de la nourriture. Rattrapés sur place puis renvoyés vers les campagnes, ils y ont laissés leurs enfants dans l’espoir que ceux-ci pourraient survivre. Par exemple, dans la seule ville de Kharkiv ( alors capitale de l’Ukraine soviétique – ndt ) près de 18 000 enfants ont été abandonnés. Des villages comptant à l’origine des milliers d’habitants se sont retrouvés avec quelques centaines de survivants. Dans d’autres, la moitié de la population a disparu, et dans ces bourgs entre 20 et 30 personnes pourraient chaque jour. Le cannibalisme s’est développé.Comme l’écrivait en 1933 C. Henry Chamberlain(8), correspondant à Moscou du Christian Science Monitor :La quatrième étape dans ce processus a consisté en une fragmentation brutale du peuple ukrainien par l’adjonction sur le territoire ukrainien de populations allogènes et la dispersion des Ukrainiens à travers toute l’Europe orientale, afin de détruire l’unité ethnique et de mélanger les nationalités. Entre 1920 et 1939, la part de la population d’origine ukrainienne dans la totalité de la population d’Ukraine est passée de 80% à seulement 63,2 % (9). A cause de la famine, la population ukrainienne absolue est passée de 23.2 millions à 19.6 millions, cependant que la population d’origine non-ukrainienne s’est accrue de 5.6 millions d’individus. Si l’on se souvient qu’il n’y a pas si longtemps l’Ukraine avait le taux de croissance démographique le plus élevé de toute l’Europe, alors on peut se dire qu’effectivement la but des Russes a été atteint.Nous venons de voir les principales étapes de la destruction systématique de la nation ukrainienne. On remarque qu’il n’y a pas eu de tentative de complète annihilation, comme cela a été le cas avec les attaques allemandes contre les Juifs. Pour autant, si le programme soviétique est mené à son terme, si l’intelligentsia , les prêtres et les paysans sont tous éliminés, alors l’Ukraine sera aussi morte que si tous les Ukrainiens avaient été éliminés, dans la mesure où elle aura perdue l’essence même de ce qui a permis de maintenir et de développer dans le temps sa culture, ses convictions, ses valeurs communes, et ce qui l’a guidée et lui a donné une âme, ce qui a, en résumé, fait d’elle une Nation et non pas simplement une masse de population.Quoi qu’il en soit, les meurtres de masses, aveugles, n’ont pas manqué. Mais ils ne faisaient pas partie intégrale des plans, ils en étaient simplement des variations fortuites. Des milliers de personnes ont été exécutées. Des dizaines, voire des milliers d’autres sont parties vers une mort certaine dans les camps de travaux forcés de Sibérie.La ville de Vinnitsya pourrait être considérée à juste titre comme le Dachau ukrainien. Là-bas, dans près de 91 fosses reposent les corps de 9 432 victimes de la tyrannie soviétique, abattues par le NKVD entre 1937 et 1938. Depuis cette date, les corps avaient été placés par une cruelle ironie sous un plancher de danse, au milieu des pierres tombales de vrais cimetières, dans les bois, jusqu’à leur découverte par les allemands en 1943. La plupart des victimes avaient été déclarées comme exilées en Sibérie par les autorités soviétiques.L’Ukraine a elle aussi son Lidice, dans la ville de Zavadka, détruite par les laquais polonais du Kremlin en 1946 (10). A trois reprises, les troupes de la seconde Division polonaise ont attaqué la ville, tuant les hommes, les femmes et les enfants, brûlant les demeures et volant le bétail. Au cours du second raid, le commandant Rouge déclara à ce qu’il restait de la population : « Un sort identique attend tous ceux qui refuseront de retourner en Ukraine. J’ordonne donc que le village soit évacué dans les trois jours. Sinon, j’exécuterai chacun d’entre vous. »( source : La mort et la dévastation sur la ligne Curzon, de Walter Dusnyk ).Quand la ville a finalement été évacuée par la force, il ne restait que 4 hommes parmi les 78 survivants. Au cours du mois de mars de la même année, deux autres villes ukrainiennes ont été attaquées par la même unité Rouge et ont subi à peu près le même sort.Не можна любити народів других ,коли ти не любиш Вкраїну !..
2. « Commencer ici » rajouté au crayon devant le mot « Ce »
3. Au moment où Lemkin écrivit ce texte (années 50), la population ukrainienne avoisinait les 40 millions de personnes.
4. La Charte créant les Nations Unies fut signée lors de la conférence tenue les 25 et 26 Avril 1945 par les délégués de 50 pays, y compris l’URSS et la RSS d’Ukraine.
5. La Ligne Curzon fut proposée par les Britanniques pour délimiter la frontière entre la Pologne et l’URSS au sortir de la première Guerre mondiale. Par la suite, elle servit de base à la définition de la frontière entre ces deux états à la fin de la seconde Guerre mondiale. La frontière ainsi définie laissait une importante minorité ukrainienne du côté polonais.
6. LE 28 Mai 1934, le député de New York Hamilton Fish proposa une résolution ( résolution 399 du 73em. Congrès ). LE document stipulait que « plusieurs millions d’habitants de la République socialiste soviétique d’Ukraine … sont morts de faim entre 1932 et 1933. » La résolution condamnait l’URSS pour « usage de la famine comme arme destinée à diminuer la population ukrainienne et à détruire ses droits politiques, culturels et nationaux » et exigeait :
La résolution fut transmise à la Commission des affaires étrangères mais ne fut jamais adoptée par la Chambre des Représentants (cette résolution est reproduite dans The Ukrainian Quaterly n°4 – 1978 – pp. 416-17).
7. Dans la version originale, le nom est écrit « Kossies », une erreur orthographique évidente. Stanislas Kossior n’était pas un auteur mais le Secrétaire général du Comité central du Parti communiste (bolchévique) d’Ukraine, c’est-à-dire le dirigeant politique de la république. Le numéro du 2 Décembre des Izvestiia contient un discours de trois pages de Kossior intitulé « Les résultats et les tâches immédiates dans la mise en place de la politique nationale en Ukraine. » En voici très précisément l’un des passages, tiré d’une résolution adoptée lors d’un plénum commun entre le Comité central et le Comité de contrôle central du Parti (bolchévique) d’Ukraine : « A l’heure actuelle, le danger principal en Ukraine vient du nationalisme ukrainien, lié à des intérêts impérialistes. »
8. Il s’agit en fait de William Henry Chamberlain, cité à tort comme C. Henry Chamberlain dans le texte.
9. Il n’y a pas eu de recensement en 1920 et une erreur typographique est plausible pour 1926, l’année du premier recensement soviétique. En 1926, il y avait 22,9 millions d’Ukrainiens ethniques dans la RSS d’Ukraine, soit 81% de la population. Les chiffres falsifiés pour 1939 font état de 23,3 millions d’Ukrainiens, soit environ 75% sur une population totale de 31 millions d’individus en RSS d’Ukraine.
10. Le 10 Juin 1942, 173 hommes de plus de 14 ans furent abattus, les femmes et les enfants déportés et le village de Lidice fut rasé en représailles à l’assassinat du dictateur nazi de Moravie, Reinhard Heydrich. Zavadka Morokhivska, Sianik povii, Lemkivshchyna ( Région des Lemkés ) , aujourd’hui Zawadka-Morochowska, Powiat Sanok, en Pologne