« Il se réjouissait de voir que d’autres progressaient, devenaient prêtres, confesseurs, higoumènes, évêques. Il les aidait et les encourageait quand il voyait qu’ils en étaient dignes. Il n’y avait pas trace de jalousie, d’envie ou de sentiment d’infériorité dans son cœur. Il voulait que tous fussent au-dessus de lui, et aidait les jeunes moines à progresser. Il souhaitait : “Puissé-je devenir de l’humus, pour qu’un jeune moine y croisse et fructifie.”
Il saluait le premier, embrassait la main des prêtres en faisant une métanie, même s’ils étaient plus jeunes que lui. Lui-même évitait de donner sa main à embrasser. » (p. 238)

De sorte que P. Païssios orientait ses enfants spirituels vers un prêtre pour le sacrement de pénitence, car il ne pouvait pas lui-même délivrer des péchés. Cet extrait de la p. 237 donne une idée du respect dont il était entouré :

« Lorsque le Patriarche Dimitrios vint visiter la Sainte Montagne, l’Ancien vint recevoir sa bénédiction. Quelqu’un lui dit que c’était le Père Païssios. L’humble Patriarche se leva de son trône, pour le saluer. L’Ancien se prosterna jusqu’à terre et resta prosterné, la tête fixée au sol, jusqu’à ce qu’un évêque vînt pour le relever.
Au Protaton était présent aussi le Président de la République. Le policier responsable de la protection du Président, M. Constantin Papoutsis, témoigne : « J’avais entendu parler de l’Ancien Païssios. Je me l’imaginais grand, majestueux et je m’attendais à ce qu’il se trouvât à une place marquante. On me le montra. Il était debout, caché dans un coin, et penché. C’était un petit vieillard bien vieux, de petite taille, mais il y avait quelque chose de divin en lui qui t’attirait. [...] »

Les conseils spirituels du saint Ancien sont très instructifs. Il savait combiner une grande sévérité dans sa règle personnelle avec une aussi grande tolérance à l'égard des autres.

« Comme le malade doit manger, qu’il ait faim ou non, parce qu’il sait que la nourriture lui fera du bien, nous aussi, lorsque nous n’avons pas envie de pratiquer nos devoirs spirituels, agissons avec joie, sachant que cela nous sera utile, même si nous n’en avons pas envie. Il faut de la violence et non de la contrainte ou de l’angoisse. La violence spirituelle n’est pas de la contrainte et elle aide. » (p. 257)

Sur la paix (p. 274) :

« La paix du monde viendra de la paix intérieure. Les organisations pour la paix ne peuvent rien y faire. »

Sur les prières (p. 292) :

« Il vaut mieux éviter les prières improvisées, excepté quand il s’agit d’un élan spontané du cœur. » (p. 292)

« Il ne faut pas la [la Prière mentale] dire avec trop de hâte – le chapelet de cent grains ne doit pas être dit en moins d’une minute et demie – car alors on ne le ressent pas, comme lorsque l’on mange hâtivement on ne se rend pas compte du goût de la nourriture, ni la dire trop lentement. » (p. 293)

« La prière aide beaucoup le monde quand il y a en outre une souffrance du cœur. On ne participe pas à la souffrance de l’autre quand on a les jambes croisées et que l’on est assis confortablement. » (p. 328)

Sur le renouvellement de la règle monastique (p. 294) :

« Le moine doit s’engager dans une règle monastique. Tous les dix ans, il doit faire une récapitulation de ses forces et adapter à lui-même l’ascèse appropriée. Quand quelqu’un est jeune, il a davantage besoin de sommeil et moins besoin de repos. Quand il vieillit, il a besoin de davantage de repos et moins besoin de sommeil. L’habitude possède une grande force. Si l’organisme est habitué à quelque chose, même sans en avoir besoin, lorsque le moment viendra, il le réclamera. »

Charismes (p. 319) :

Témoignage de M. Georges Courkouliôtos, de Corinthe : « Quand j’allais au kellion de l’Ancien, après l’entretien, il me raccompagnait jusqu’à la porte. Il avait l’habitude de me toucher légèrement la tête et l’épaule. Au début, je ne compris pas clairement l’aide que je recevais par ce simple attouchement. Je me rendis compte cependant par la suite que je reprenais alors des forces, du courage et de l’optimisme. Quand, parfois, il omettait de toucher la tête, je lui disais : « Géronda, fais-moi un signe de croix ! » Il me répondait : « Je ne suis pas prêtre, mais puisque tu le veux », et il me posait sa paume sur la tête. Alors, je sentais qu’une force sortait de lui pour venir en moi. Je partais réconforté, tous mes problèmes étaient résolus. L’Ancien était plein de grâce. »

Un mot sur une moniale russe de Terre Sainte qui n'est malheureusement pas citée (p. 386) :

« [...] Une moniale russe, en Terre Sainte, au monastère de Sainte-Marie-Madeleine, a prêché par sa présence et son silence ; elle a transmis ainsi la grâce divine. Il suffisait de la voir pour recevoir un enseignement. Je lui ai même donné mon chapelet. »

Sur les prêtres pieux (p. 386) :

« Quand nous avons un prêtre pieux qui aime l’ascèse, il ne faut pas l’envoyer dans le monde sous prétexte que nous en avons besoin. Quand nous avons une pomme de terre, il faut la planter pour en avoir d’autres et non pas la manger tout de suite. »

Sur le confort (p. 398) :

On rapporte que, un jour, un moine vint le voir ; il arrivait du désert [sud du Mont-Athos]. Il lui dit qu’il avait mis le téléphone et commença à énumérer les effets positifs de celui-ci : qu’il pourrait commander les choses dont il avait besoin à Daphni et gagner ainsi du temps pour la prière tout en économisant ses efforts. L’Ancien ne fut pas d’accord avec cet esprit et lui répondit : « Je sais bien qu’il est pratique d’avoir le téléphone. Et que plus on a de choses du monde, plus on a de facilités. Mais est-ce pour ces facilités que nous sommes venus ici ? Eh ! alors il aurait mieux valu que nous restions dans le monde où nous aurions eu davantage de facilités. »

Et les araignées (p. 400) :

Sa cellule, noircie par les nombreuses bougies qui s’y consumaient, avait même des araignées. « Elles m’aident spirituellement, disait-il, parce qu’elles me rappellent les grottes où vécurent les saints Pères d’autrefois, alors que les objets du monde t’évoquent le monde. » Ce qui le touchait, c’étaient les choses simples, pauvres, tout ce qui convient aux moines.

Et, dans les dernières pages de l'ouvrage, un mot important, pour finir (p. 404) :

Sans chercher à être un confesseur de la foi, à sa manière, il agissait, parlait, écrivait à des personnalités ecclésiastiques ; il disait que « l’Église n’est pas le navire de chaque évêque pour qu’il en fasse ce qu’il veut ». Ses oppositions s’accompagnaient de beaucoup de prières et d’amour pour l’Église, mais aussi pour ceux qui s’étaient écartés du droit chemin, et présupposaient l’impassibilité, le discernement et une illumination divine.

Ces courts extraits donneront, je l'espère, l'envie aux lecteurs de découvrir ce livre dont on trouvera une recension récente sur le site orthodoxie.com.