degré IV, XXXII (29)
Par ptit moine le samedi 1 août 2009, 06:30 - sentences - Lien permanent
Histoire d’Abbacyre
Consultons donc la Sagesse de Dieu, elle se trouve même
dans des vases d’argile; c’est ce qui doit nous frapper du plus grand
étonnement. C’est la résolution que me fit prendre la conduite de quelques
jeunes religieux, car j’étais hors de moi-même, en voyant avec quelle vivacité
de foi, avec quelle constance, avec quelle patience et quelle force d’âme ils
souffraient d’être repris, mortifiés et méprisés, non seulement par leur
supérieur, mais encore par des frères qui étaient bien au-dessous de lui. Il y
avait dans le monastère un frère qui fixait mes regards d’une manière toute
particulière; il s’appelait Abbacyre, et il y avait déjà passé quinze ans. Or,
je m’aperçus qu’il était presque partout maltraité par tous les moines, et
qu’il n’y avait pas de jour où ceux qui servaient à table ne le chassassent du
réfectoire, parce qu’il était naturellement porté à parler. Je cherchai
l’occasion de lui parler; et l’ayant rencontrée, je lui demandai instamment de
me dire pour quelles raisons on le chassait ainsi du réfectoire, et qu’on
l’envoyait dormir, sans avoir rien mangé à souper.
«Croyez-moi, mon père, me répondit-il avec simplicité, les moines ne me traitent ainsi que pour connaître mes dispositions intérieures et pour savoir si je serai propre à mener une vie solitaire; ce n’est donc point avec sévérité, mais dans le désir charitable de m’éprouver, qu’ils agissent de la sorte. C’est pourquoi connaissant parfaitement les pieuses intentions de notre excellent supérieur et des autres pères, je souffre tout avec joie et plaisir. Voilà quinze ans que je suis au monastère, et qu’on me traite comme vous voyez. Lorsque je suis entré dans cette maison, les pères ne m’ont pas caché qu’on y éprouve pendant trente ans ceux qui ont renoncé au monde; et certes, mon cher père Jean, ce n’est pas sans de bonnes raisons qu’on tient cette conduite : car n’est-ce pas dans le creuset et dans le feu, qu’il faut faire passer l’or pour le polir et l’épurer ?»
saint Jean
Climaque : L'Échelle sainte
«De la bienheureuse
et toujours louable obéissance»



