Sainte-Sophie
Par ptit moine le mercredi 30 septembre 2009, 14:00 - baladodiffusion - Lien permanent
À l'occasion de la fête de sainte Sophie et ses filles martyres Vera, Nadejda et Lioubov (voir l'article en russe sur les reliques qui se trouvent à Eschau, en Alsace), voici un reportage très intéressant sur une autre Sainte-Sophie — l'église byzantine la plus célèbre : Sainte-Sophie de Constantinople, transformée en mosquée puis en musée. La pauvre architecte-professeur hésite d'ailleurs entre les trois termes...
On y apprend que l'architecture des mosquées a tout emprunté à l'architecture byzantine. Nombreux sont, pourtant, ceux qui pensent l'inverse comme, d'ailleurs, pour la musique byzantine qui fait «penser à de la musique arabe»...




Commentaires
Comme le nom même d'Istambul qui n'est en rien "arabe" : c'est tout bonnement une déformation du grec.
Quand on demandait à un paysan où il se rendait, il répondait "Is tine Poline" (εις τήν Πόλιν), c'est à dire "à la Ville"...
L'Église de Ste. Sophie qui se trouve à Constantinople n'est pas, à ce que je sache, dédiée à la martyre Ste. Sophie, mais à la Sagesse de Dieu. Elle est fêtée le dimanche de Pentecôte.
Anthémios de Tralles et Isidore de Millet se retourneraient dans leurs tombes respectives...D'autant plus que ces occupants sont des Turcs et non des Arabes.
On peut de même signaler que l'arc outrepassé n'est pas Arabe (ou Berbère) mais Wisigothique. Il en existe de très beaux exemplaires au monastère Saint Michel de Cuxa, Roussillon. Très peu de choses viennent du monde musulman. Lire à ce sujet "Aristote au Mont-Saint-Michel" de Sylvain Gougenheim. Entre autres.
Pourriez-vous avoir une traduction en français de l'article russe sur Sainte Sophie et ses enfants ?
merci !
en Christ
En attendant que quelque russophone se dévoue à traduire l'article slavo-alsacien, j'emprunte à l' "Histoire des persécutions pendant les deux premiers siècles" de Allard (que l'on peut trouver ici : www.archive.org/details/HistoireDesPersecutions1) ces quelques lignes sur Ste Sophie et ses filles.
Pour la série complète de Allard sur les martyrs, voir ici : cigales-eloquentes.over-blog.com/article-33162573.html
En outre, l'article de la wikipédia offre une fort belle icône des quatre saintes martyres
fr.wikipedia.org/wiki/Sophie_de_Rome
Une vidéo montrant une «reconstruction virtuelle de l'église de Sainte-Sophie de Constantinople et de son sanctuaire à l'ère byzantine», proposée par un lecteur.
source : http://tinyurl.com/y93g34m
MERCI à lui !
SAINTE SOPHIE ET SES VRAIS ET TRÈS-SAINTS RAMEAUX,
FOI, ESPÉRANCE ET CHARITÉ
D'après le récit d'un pèlerin.
Les habitants du village alsacien d'Eschau (dont le nom peut se traduire comme "l'île aux Frênes"), situé dans l'est de la France, sont déjà habitués aux nombreux pèlerins orthodoxes qui viennent dans leur église catholique, consacrée au nom de saint Trophime, vénérer les reliques de sainte Sophie martyre, mère de Foi, Espérance et Charité, martyrisées à Rome (autour de l'an 120 ou de 137) sous l'empereur Hadrien. Cette église fut à une époque le centre de l'abbaye Sainte-Sophie, fondée par l'évêque de Strasbourg Rémi, qui avait amené à cet endroit, en l'an 777, les saintes reliques des martyres Foi, Espérance et Charité et de leur mère Sophie. Les reliques des martyres se trouvèrent à Eschau jusqu'à la Révolution Française, durant laquelle le monastère fut détruit. Les saintes reliques ont disparu à ce moment-là, mais où furent-elles emmenées et dans quelles circonstances, nul ne le sait, pas plus que l'on ne sait où elles se trouvent aujourd'hui. En 1898, les restes de l'église du monastère furent déclarés "monument historique" et on en débuta la restauration progressive.
Le 3 avril 1938, l'évêque catholique Charles Ruch introduisit à Eschau de nouvelles parcelles des reliques de sainte Sophie, venues de Rome. L'une fut déposée dans un sarcophage de grès rose, et l'autre dans un petit reliquaire placé dans une châsse avec d'autres objets saints.
Dans l'Europe médiévale, la vénération des martyres Foi, Espérance, Charité et Sophie était largement répandue. Leurs reliques attiraient tant de pèlerins qu'en 1143 l'abbesse Cunégonde décida de construire sur la vieille "voie romaine" menant au village d'Eschau, florissant autour de l'abbaye, "un hôtel pour les pèlerins venant de tous côtés." On célébrait ladite "messe de Sainte Sophie". On venait auprès des martyres en cas de nécessité particulière et de détresse. Le pape Léon III composa en leur honneur une messe spéciale qu'il célébra à la cour de Charlemagne à Paderborn, à l'occasion de la déposition du roi (NdT: de la tentative de déposition du pape par les romains ? — Léon III s'était réfugié à Paderborn auprès de Charlemagne). La moniale Roswitha de Gandersheim, célèbre écrivain du Haut Moyen-Âge (née autour de 935) qui composait des pièces et des vers en latin lui dédia son drame "Sapientia" ("La Sagesse", c'est-à-dire "la Sophia"). On pense qu'elle emprunta la matière d'une Vie des saintes datée du VIIIe siècle et attribuée à la plume du moine milanais Jean, qui affirmait que les saintes étaient originaires de sa ville natale, Mediolanum (Milan).
Deux documents écrits sont associés au VIIe siècle rapportant des pèlerinages à travers l'Italie au temps du pape Grégoire Ier le Grand, dont l'étude permit à chercheurs (par exemple F. Kh. Merkhi) de déclarer qu'il existait deux groupes de martyres du même nom dont les corps reposaient dans des endroits différents. Ainsi, la sépulture des martyres Pistis, Elpis, Agapè et Sophia se trouvait "au cimetière Saint-Pancrace, sur la Voie Aurélienne" et la tombe des martyres Fides, Spes, Caritas et Sapientia "au cimetière Saint-Pancrace sur la Voie Appienne".
Le culte des martyres s'était étendu depuis longtemps jusqu'à la Russie, où avec la traduction en russe de la version grecque du récit de leur vie furent aussi changés les noms des filles martyres de Sophie, Pistis, Elpis et Agapè, que l'on gratifia de leurs équivalents slavons : Vera, Nadejda et Lioubov. Les noms des martyres sont symboliques : la sagesse est la mère des trois vertus chrétiennes de foi, espérance et charité.
Sur les icônes byzantines les saintes Pistis, Elkis et Agapè sont représentées telles que leur âge ne se distingue pas hormis lorsque l'on représente la scène de leur martyre. Dans l'ancienne Russie sont aussi apparues des icônes représentant au centre la sainte mère et devant elle trois petites figures, celles de ses filles. Dans les peintures murales de quelques églises et dans des icônes, sainte Sophie et les martyres Foi, Espérance et Charité sont présentées ensemble et à la même taille. On peut voir cela aussi dans les fresques de la cathédrale de Cologne.
Dans la très répandue Vie des saintes martyres il est relaté qu'elles sont originaires d'Italie. Leur mère était chrétienne et nomma ses filles du nom des trois vertus chrétiennes. Sainte Sophie et ses filles ne cachaient pas leur foi en Christ, et lorsque l'empereur Hadrien l'apprit il les fit amener à Rome. Appelant les sœurs chacune à leur tour, il les persuada d'offrir un sacrifice à la déesse Artémis. Les jeunes filles (Foi avait douze ans, Espérance dix et Charité neuf ans) refusèrent. Alors l'empereur ordonna de les torturer cruellement. Ils firent subir à sainte Sophie la plus dure des épreuves : ils ne la châtient pas et lui laissent la vie mais l'abandonnèrent à une douleur irrémédiable — la mère fut forcée d'assister au martyre de ses filles. Traversant des tortures inouïes, les trois jeunes filles allèrent courageusement à leur trépas. Sainte Sophie, "acceptant le martyre en Christ non pas dans son corps, mais dans son cœur", enterra ses filles non loin de la ville et ne quitta pas leur tombe durant trois jours, avant que de rendre son âme à Dieu.
Au VIIIe siècle, le pape Paul Ier (757-767) fit transférer les reliques des martyres de la crypte du cimetière Saint-Pancrace à Rome jusqu'à une église nouvellement construite sur le Champ de Mars, tandis qu'une partie des reliques fut donnée au monastère Sainte-Julie de Brescia. En 777 les reliques des martyres furent transférées de l'église romaine Saint-Sylvestre à Eschau.
Un sarcophage réalisé en grès rose (au XIVe siècle) dans lequel une parcelle des reliques de sainte Sophie reposa jusqu'en 1938 repose sur un piédestal blanc avec l'appui de petites colonnes. Il porte les trace de dessins et bas-reliefs usés par le temps qui racontent la vie des martyres en quelques scènes. Sur le mur, à gauche et à droite au-dessus du reliquaire, les couleurs vives des images sculptées du saint martyr Christophe et du fondateur de l'abbatiale, l'évêque Rémi, et au centre celles de sainte Sophie et de ses filles martyres.
«Ô saintes et admirables martyres Foi, Espérance et Charité et preuses filles de votre mère Sophie, nous venons à vous avec notre fervente prière...» Les mots de cette prière retentissent de la bouche des pèlerins venant en autobus à Eschau pour célébrer avec leur prêtre un office auprès des reliques, lire un acathiste, vénérer les reliques, prier et confier ses proches, surtout ses enfants portant les noms des saintes jeunes filles et de leur mère Sophie. Pour les pèlerins orthodoxes, l'analyse comparative de la littérature hagiographique et le secret de la disparition des reliques des martyres Foi, Espérance et Charité ne sont pas le plus important. Ils s'intéressent peu aux conclusions et aux recherches de la communauté scientifique des Bollandistes d'Anvers, aux Pays-Bas [sic] fondés par J. Bolland, qui s'emploient à la publication des catalogues de manuscrits hagiographiques et à l'édition des Vies des saints (Acta Sanctorum). En étudiant les plus anciens martyrologes, ils sont arrivés à l'affirmation suivante : les martyres Foi, Espérance et Charité ne seraient elles-mêmes pas des personnes réelles, mais seulement des allégories ou des personnifications des vertus chrétiennes.
Pour les croyants, tout autre chose apparaît pleinement : l'office orthodoxe et la prière personnelle dans l'église alsacienne. Tout cela restera dans les mémoires comme une expérience émotionnelle et spirituelle très forte d'apprentissage de l'éternité. Puis, en revenant dans leur patrie, les pèlerins retiennent plus spécialement les versets de l'apôtre Paul : A présent demeurent ces trois choses: la foi, l'espérance et la charité (1 Co 13.13).
Anatoly Kholodiouk,
Eschau-Munich.
Superbe ! Mais pourquoi donc la Charité est-elle plus importante que la Foi et l'Espérance ? ( j'en connais qui vont donner leur langue au chat du petit moine...)
J'ai bien une idée de réponse, cher Christophoros: lisez-donc le reste du chapitre 13 de la première épitre aux Corinthiens...
Cela dit vous aurez observé que pour la tradition de nos petites martyres, c'est Sainte Foy qui est l'aînée (12 ans), puis Esperance (10 ans) et la petite Liouba n'arrive qu'après (9 ans)... Est-ce une manière d'affirmer que la foi précède les autres vertus chrétiennes?
Bon...je vais lire ça...(chapitre 13 verset 13 super pour la mnémotechnie...de quoi impressionner dans les salons...). La réponse m'a été donnée lors d'une visite de la cathédrale de Florence. Dans la fresque qui représentait le jugement dernier (de mémoire), la Charité était représentée plus grande que la Foi et l'Espérance. L'étudiant d'un groupe oecuménique qui "faisait le guide" nous a expliqué que c'était logique, lors de la Parousie, la Foi et l'Espérance n'auront plus d'importance. Seule la Charité en aura une...C'est intellectuellement logique mais un peu "sec", je dirais...