déchiffrage
Par ptit moine le jeudi 12 novembre 2009, 10:00 - Lien permanent

Une aimable lectrice iconographe «peine sur la traduction des inscriptions qui entourent le Pantocrator de la coupole de la cathédrale Saint-André de Patras». Et demande de l'aide.
Je ne serais d'aucun secours, mais il se trouvera peut-être un_e autre aimable lecteurice plus savant_e ?
L'image est magnifique.




Commentaires
Ce sont les versets grecs 13-15 du psaume 33
(en transcription "universitaire", qui n'est pas la prononciation grecque)
Un grand GRAND merci à "ptit moine" qui a servi d'intermédiaire, ainsi qu'à Hilaire pour sa traduction. Je vais pouvoir ainsi achever l'icône. Je garderai les inscriptions en grec, mais je ne voulais pas les peindre sans en connaître le sens.
Bravo Hilaire, mais ce serait mieux de donner le bon numéro du psaume, puisqu'il s'agit d'une citation de la Bible des Septante. Disons donc Ps. 32, 13-15.
Pardonnez-moi.Quitte à translittérer du grec, autant ne pas donner la traduction de la Bible nouvelle édition de Genève qui est faite sur l'hébreu. Autant traduire le texte grec lui-même en respectant le sens des mots et le temps des verbes. Ce qui donnerait à peu près ceci :
L'inscription qui est autour de la fresque du Pantokrator que vous reproduisez sur votre site reproduit les versets
13. Du haut des cieux, le Seigneur regarde,
Il voit tous les fils des hommes ;
14. de la demeure qu’Il S’est préparée,
Il regarde tous les habitants de la terre,
15. Lui qui a modelé à part le cœur de chacun,
qui pénètre toutes leurs actions.
du Psaume 32
En Christ.
@ Ioann.
Pourquoi ne pas dire que la traduction que vous donnez est celle du P. Placide Deseille ? C'est un bon traducteur, mais qui se laisse trop souvent influencer par la Vulgate dont il est pétri.
Pour mémoire :
13 de caelo respexit Dominus vidit omnes filios hominum
14 de praeparato habitaculo suo respexit super omnes qui habitant terram
15 qui finxit singillatim corda eorum qui intellegit omnia opera illorum)
Je crois savoir (pour fréquenter le P. Placide assez régulièrement) que la prochaine édition de son Psautier sera largement amendée, notamment les temps des verbes.
A ma connaissance, il n'existe que trois traductions françaises du Psautier de la Bible des Septante : celle du P. Placide, celle faite par les moniales de Bussy en Othe, et celle, plus ancienne, publiée sur le site des Cigales éloquentes de notre ami Albocidade.
Je croyais que l'édition de la Bible d'Alexandrie avait fait récemment paraître le Livre des Psaumes, mais il semble qu'il n'en soit rien : je n'en trouve nulle trace sur le Net. Si quelqu'un sait quelque chose à ce sujet, je serais heureux d'en être informé, car je fais actuellement un petit travail sur le Ps 118 ( amômos) et cet opuscule me serait bien utile.
@ Laurence,
Vous êtes iconographe et vous reproduisez l'image si belle du Christ Maître de l'univers assorti de sa citation biblique. Permettez-moi de vous faire remarquer que ce que vous vous appliquez à peindre n'est pas une icône, mais une fresque attachée par définition au mur, en l'occurence à la coupole d'une église. Cette fresque est, dans sa facture, cohérente avec son lieu et indissociable de lui puisqu'une église est une théologie traduite en construction où tous les éléments sont signifiants et s'articulent harmonieusement pour exprimer l'ecclésiologie orthodoxe.
C'est ainsi que la citation biblique qui entoure la personne du Pantocrator représenté dans la coupole rappelle aux croyants qu'ils vivent et de célèbrent sous le regard pénétrant du Fils de Dieu, inséparable de son Père et de l'Esprit. Cette confession de foi est elle-même inhérente à la célébration qui s'accomplit dans l'espace liturgique situé en dessous.
Vous avez donc déjà compris que reproduire à l'identique cette fresque avec son inscription sur une icône mobile est un non-sens. Rien ne vous empêche cependant de vous en inspirer pour peindre une icône du Christ, Maître de l'univers, selon le type traditionnel (Cf. les icônes "despotiques" des iconostases), mais il faut pour cela supprimer la citation biblique qui n'a pleinement sa signification que lorsqu'elle entoure le Fils de Dieu représenté dans la coupole (le ciel où il demeure) et d'où il abaisse son regards sur ceux qui habitent la terre, dont il a façonné à part le cœur et dont les activités n'ont aucun secret pour lui.
@ Wormwood
Effectivement, il ne semble pas que Mme Harl et son équipe aient pour le moment publié le Psautier.
Qu'à cela ne tienne (enfin, presque) : peut-être les deux tomes de La Chaîne palestinienne sur le Psaume 118 SC 189 et 190 vous seraient-ils de quelque aide ? Certes, c'est un investissement (87 € tout de même), mais peut-être le P. Placide les a-t-il dans sa bibliothèque ?
Merci à vous, cher Albocicade, J'irai donc consulter les deux tomes que vous m'indiquez, le moment venu. Pour l'instant, je manipule le texte en tous sens pour essayer d'y voir un peu plus clair en mettant un peu d'ordre et de perspective dans ce qui est dit, car ce psaume est tout sauf répétitif, contrairement à la première impression qu'il donne. Merci encore.
J'en profite pour vous dire ma frustration de ne pouvoir intégrer dans mon Mac intosh le travail de Bareille que vous proposez sur votre site. Je m'y prends sans doute mal, j'ai beau essayer : je n'arrive à rien.
Cher Wormwood (dont je ne parviens pas à percer l'identité derrière le pseudonyme), puis-je vous inviter à me contacter hors ligne pour que nous puissions trouver une solution au problème Bareille ? Mon mail est sur la colonne de droite de mon blog...
@ wormwood
Il me semble que la Vulgate traduit la plupart du temps, mot-à-mot, le texte de la Septentate, par exemple dans le passge qui concerne ce post :
ex ouranou epeblepsen o kurios eiden pantas tous uious tōn anthrōpōn
de caelo respexit Dominus vidit omnes filios hominum
ex etoimou katoikētēriou autou epeblepsen epi pantas tous
de praeparato habitaculo suo respexit super omnes
katoikountas tēn gēn
qui habitant terram
o plasas kata monas tas kardias autōn o sunieis eis panta ta erga
qui finxit singillatim corda eorum qui intellegit omnia opera
autōn
de caelo prospexit Dominus et vidit omnes filios hominumillorum
Ce passage du psautier Gallican corrige celui du psautier Romain qui donnait :
de praeparato habitaculo suo respexit super omnes qui habitant orbem
qui finxit singillatim corda eorum qui intellegit in omnia opera eorum
qui rendait différemment par deux synonymes les deux mêmes verbes grecs "epeblepsen" et traduisait "tēn gēn" par "orbem" et non "terram"
Le parfait latin rend l'aoriste grec tout comme vous proposez de le rendre par un passé simple français.
Le psautier Gallican tout comme le Romain (utilisé par Saint Benoît et ses disciples) sont des psautiers orthodoxes, du temps de l'Église indivise, où l'Occident partageait la foi orthodoxe, il n'y a donc pas de problème d'en être pétri, surtout lorsqu'on est français, parlant le français, une langue latine, encore moins d'en être influencé.
Pardon, il s'agit du passé composé que vous proposez pour rendre l'aoriste, et non du passé simple (qui m'a paru toujours moins simple que le composé
!)
Encore un dernier mot sur "kata monas" traduit par le latin "singillatim" adverbe qui signifie : individuellement, isolément (un à un), séparément, mais aussi : en détail, rend très bien le grec "kata monas"
Vous dites que "o sunieis" signifie "Celui qui a une compréhension pénétrante", cela peut-il mieux être rendu que par le latin "qui intellegit" ? Que l'on pourrait traduire en français par "Celui qui la connaissance", ou "le Connaisseur"
@ thanatonpatisas
D'une façon générale, je n'ai rien à ajouter à vos messages, si ce n'est pour préciser que le fait de dire que le P. Placide se laisse influencer par la vulgate dans sa traduction des psaumes n'est en rien péjoratif à mes yeux. C'est une constatation. Je regrette seulement, comme je l'ai dit, qu'il ait pris quelque liberté avec les temps des verbes et ait négligé quelques sources d'interprétation.
Par contre, que la Vulgate soit d'une fidélité à toute épreuve au texte grec de la Septante, je demande à voir, même si, pour le passage dont nous parlons, rien n'est à redire sur ce point.
Quant à sunièmi, c'est un verbe que j'aime beaucoup mais qui est à peu près intraduisible de façon satisfaisante. La sunèsis est , dans un sens premier, le confluent de deux rivières qui s'interpénètrent. C'est, au plan abstrait, une intelligence, une compréhension unitive, ce que les Pères appellent de façon équivalente, non une gnôsis, mais une épignôsis, une connaissance intime où intellection et dilection se mêlent.
Sur ce, cher frère, je retourne à mon Ps. 118 qui n'est pas si facile que cela à interpréter.
@ Albocicade. Après avoir parcouru un certain nombre de kilomètres, je me suis procuré pour un mois renouvelable les S.C. 189-190.
Merci pour votre réponse et vos précisions, wormwood.
Lorsque je parlais de la Vulgate, je ne la prenais pas dans son ensemble, mais je voulais parler uniquement du psautier gallican qui était le psautier de la vulgate (avant la publication de la néo-vulgate après Vatican II) Le Pentateuque lui, suit le texte Hébreux. Mais un texte hébreux pré-massorétique.
Personnellement ma traduction préférée du psautier de la septante est le vieux psautier latin dit Romain, très peu remanié par St Jérôme.
Bonne plongée dans le psaume 118 !
@ wormwood,
Vous êtes bien pardonné!
J'ai donné très sommairement une réponse rapide avec quelques éléments immédiatement disponibles (de fait plus latins que grecs, d'où plantage et imprécisions). Vous avez très bien fait d'y mettre de l'ordre.
Pour la traduction des Psaumes dans la Bible d'Alexandrie, le responsable en est Gilles Dorival, co-auteur des S.C. 189-190, et rédacteur d'une monumentale thèse sur les chaînes exégétiques grecques "Les chaînes exégétiques grecques sur les Psaumes" en 4 vol. publiée chez Peeters (le t. 4 est en partie accessible sous Google livres). A son avis, il n'est pas envisagé de commencer la publication avant 4 ou 5 ans.
En tant qu 'hilarien", puis-je vous rappeler le grand commentaire de saint Hilaire sur le ps. 118 (S.C. 344 & 347, publié par Marc Milhau, latiniste poitevin)
Bien fraternellement
Merci Hilaire, pour vos précisions, je ne manquerai pas d'aller voir aussi SC 344-347 après SC 189-190.