Moi, André Alexandrovitch Serebritch, étudiant du Séminaire orthodoxe russe en France, ne peux poursuivre ma formation au Séminaire pour les raisons suivantes :

Ayant étudié presque trois mois au séminaire, du 8 octobre au 22 décembre 2009, j'ai constaté d'une part que la direction du séminaire imposait aux étudiants des enseignements et des points de vue manifestement non orthodoxes, d'autre part une duperie à l'égard des étudiants du séminaire.

Je ne peux partager les opinions dogmatiques de la direction du séminaire, qui sont enseignées comme indiscutables et ne supportant pas d'objections :

1) Le recteur du séminaire, le hiéromoine Alexandre (Siniakov), lors d'un des cours de théologie dogmatique dont il a la responsabilité, a affirmé que l'Église catholique, dans son enseignement sur le Filioque, s'appuyait sur le traité de saint Basile le Grand «Sur le Saint Esprit» (alors que, à l'étude du texte, cela ne ressortait nullement) ; et à la question des séminaristes sur la position orthodoxe sur le sujet, le recteur a répondu que les orthodoxes n'avaient de position, et que, en fait, il n'y a pas de différence à lire le Symbole de la foi — avec le  « Filioque » ou sans lui. Mais, en réalité, les orthodoxes ont une position sur cette question ; elle a été exprimée par saint Grégoire Palamas, par exemple, quand il dit aux catholiques : «Nous ne serons pas en communion aussi longtemps que vous direz que l'Esprit Saint procède aussi du Fils» ; elle a été aussi exprimée au concile de Constantinople de 1583 où il fut édicté que «celui qui ne confesse pas avec le cœur et les lèvres que... l'Esprit Saint procède uniquement du Père quant à l'hypostase... qu'il soit anathème !». La Lettre des patriarches orientaux sur la foi orthodoxe, datée de 1848, l'exprime également, précisant que «l'Église une, sainte, catholique et apostolique, à la suite des saints Pères de l'Orient et de l'Occident, par le passé comme et à nouveau aujourd'hui, déclare de façon conciliaire que cette opinion nouvellement instaurée selon laquelle l'Esprit Saint procéderait du Père et du Fils est une hérésie notoire, et que ses adeptes, quels qu'ils soient, sont des hérétiques... les communautés composées de ces adeptes sont des communautés hérétiques, et toute communion spirituelle dans les offices avec eux de fidèles orthodoxes de l'Église concilaire est illégale».

2) Une autre fois, lors d'un cours de dogmatique, il était question de l'authenticité historique de la fête de l'Entrée au Temple de la Sainte Mère de Dieu. Cette question fut posée après que nous eûmes assisté à un cours à l'université catholique de Paris, où nous, les séminaristes, suivons également un enseignement. Le Père recteur, à la suite de Yves-Marie Blanchard, enseignant de cette université, soutenait que la réalité de l'Entrée au Temple de la Sainte Mère de Dieu n'était pas historique, cette fête n'ayant aucun bien-fondé historique et n'ayant qu'un caractère symbolique, — ce qui contredit la tradition orthodoxe. De plus, le Père recteur présenta ces informations non comme une variante, mais comme une position vraie, ce que montrent les enregistrements mp3 de ses conférences.

Je ne peux pas non plus agréer les règles de comportement imposées aux étudiants. Reconnaissant que, dans les relations avec les représentants de l'Église catholique, il est indispensable de se conformer au chapitre correspondant des «Fondements de la conception sociale de l'Église orthodoxe russe», je considère cependant que certains agissements de la direction du séminaire ont causé un trouble certain :
1) Les dispositions sur l'obligation de prendre la bénédiction des évêques catholiques et de leur embrasser la main, alors que le canon 32 du concile de Laodicée dit qu' «il ne faut pas prendre de bénédiction des hérétiques». À cela on peut aussi ajouter le fait que, lors d'une des réceptions dans notre séminaire, le repas a été béni par un évêque catholique invité par le recteur.
2) Au début des cours, la prière «Roi céleste» est prononcée ensemble avec les catholiques, alors que le canon 33 du concile de Laodicée dit qu' «il ne convient pas de prier avec un hérétique ou un renégat», et, de même, lors du concile des évêques de l'Église orthodoxe russe en 2008, il a été décidé que lors des relations avec des non-orthodoxes, «notre Église n'accepterait pas les tentatives de "mélanges de foi", d'actions de prières communes qui mêlent des traditions confessionnelles ou religieuses de façon artificielle» («Questions relatives à la vie interne et à l'activité extérieure de l'Église orthodoxe russe», 36).
3) Du fait que la vie des séminaristes a lieu en contact et dialogue permanents avec les catholiques (qui sont parmi des enseignants, certains cours des séminaristes ayant lieu à l'université catholique), il est interdit de témoigner de l'Orthodoxie face aux catholiques sous prétexte que, chez eux, soi disant «tout est normal en ce qui concerne l'enseignement de la foi». Pourtant, les saints Pères enseignent que chez les catholiques, tout est loin d'être normal en ce qui concerne l'enseignement de la foi : «Nous avons rejeté les Latins pour la seule raison qu'ils sont hérétiques» (saint Marc d'Éphèse) ; les Latins se sont séparés de l'Église et «sont tombés... dans un abîme d'hérésies et d'égarements... et y restent sans aucun espoir de s'en relever» (saint Païssij Velitchkovski) ; « depuis la séparation de cette Église de l'Église d'Orient et de sa chute dans la ténèbre funeste des hérésies...» (saint Ignace Briantchaninov) ; «l'Église de Rome s'est depuis longtemps écartée dans l'hérésie et les innovations» (saint Ambroise d'Optino). Quant à l'interdit de prêcher aux catholiques, il entre en contradiction évidente avec le même concile des évêques de 2008 qui a fixé que «la participation de l'Église orthodoxe russe dans le dialogue entre chrétiens et avec les autres religions avait lieu pour témoigner de la vérité de la sainte Orthodoxie» («Questions relatives la vie interne et à l'activité extérieure de l'Église orthodoxe russe», 35).
4) On reste perplexe face aux déclarations du recteur s'opposant à ce que l'on visite les lieux orthodoxes de Paris, en particulier l'église des Trois-Docteurs à Paris [siège de l’évêché de  patriarcat de Moscou].
5) Une autre disposition a causé le trouble avant les vacances — à propos de la nécessité pour les séminaristes, le 7 janvier — jour de la Nativité du Christ —, de fréquenter comme à l'habitude les cours de l'université de Paris, car, soi disant, si nous n'allions pas aux cours, les «frères catholiques» ne le comprendraient pas et se vexeraient. Si je ne me trompe, selon la tradition orthodoxe, cela est considéré comme un non-respect à l'égard de la fête religieuse, et il est peu vraisemblable qu'il y ait un autre séminaire de notre Église où l'on étudie et travaille le jour de la Nativité !
6) Un de nos étudiants a été expulsé du séminaire simplement pour délit d'opinion. Georgij Aroutiounov — c'est son nom —, a été accepté au séminaire comme les autres étudiants, il étudiait avec les autres, était actif lors des cours, posait des questions, défendant toujours la position orthodoxe, mais ne blessant personne personnellement. Malgré tout, il a été expulsé simplement parce que ses opinions ne correspondaient pas à celle du recteur. Le conseil de discipline du séminaire ne s’est pas réuni une seule fois pour examiner son affaire, il n'y a eu aucune accusation officielle, aucune possibilité de s'expliquer — il a été annoncé qu'il n'était plus étudiant, voilà tout. De façon non officielle, oralement, on interdit même aux autres étudiants de communiquer avec lui. En fin de compte, quiconque aura un point de vue, sur une question ou une autre, différent de celui du Père recteur et le défendra ouvertement — sera chassé.

En allant étudier au séminaire, nous pensions que ce séminaire serait comme la lumière de l'Orthodoxie pour le monde catholique et protestant de l'Europe occidentale, un lieu de prédication des valeurs orthodoxes dans une société européenne sécularisée. Malheureusement, actuellement le séminaire n'est pas un lieu de témoignage orthodoxe — ni dans les questions d'enseignement de la foi, ni dans les questions disciplinaires, ni dans la vie quotidienne.
En raison de ce qui est exprimé ci-dessus, je considère que la poursuite de ma formation au séminaire n'est pas  profitable à l'âme et par conséquent inacceptable. Je n'ai pas de prétentions de caractère personnel à l'égard de la direction du séminaire.

8.01.2010
Serebritch A. A. (Серебрич Андрей Александрович)

* La lettre, dans sa publication postérieure est adressée également aux destinataires suivants :
archevêques Antoine de Borispol, Anastase de Kazan, Marc de Khabar, Georges de Nijgorod,
évêques Ambroise de Gatchina, Benjamin de Liuberetsk,
Copie aux archimandrites Tikhon (Chevkunov), Seraphim (Rakovski), Joasaph (Morze), Nathanael (Krikote),
à l'archiprêtre Nicolas Katchankine et au protodiacre Vladimir Tsurikov (Jordanville).
En complément (annexe 2), le regard catholique sur le sujet :
«Un pont entre l’orthodoxie russe et l’Eglise catholique ?» Rencontre avec le P. Alexandre Siniakov, prêtre de l’Eglise orthodoxe russe.
Article paru dans le Bimensuel de l’Archidiocèse de Bordeaux et de Bazas (N° 8 du 17 avril 2009)