la canonisation d'Alexandre Schmorell
Par ptit moine le mercredi 21 avril 2010, 15:00 - Lien permanent
Nous proposons ici la traduction de l'interview donnée par l'archevêque Mark de Berlin (Église russe hors frontières) en septembre 2007 lors de la visite d'Orenbourg, à l'occasion du 90e anniversaire d'Alexandre Schmorell. On y apprend de nombreux détails sur la préparation de la canonisation du nouveau martyr Alexandre.
Depuis, Erich, le frère d'Alexandre, est décédé.
Dans la suite du billet, on trouvera des précisions sur la pratique de la canonisation dans l'Église orthodoxe (et russe en particulier).
L'icône de Paul Drozdowski proposée ci-dessus n'est peut-être pas idéale sur le plan de la composition (en particulier la blouse blanche), mais le visage est plutôt réussi.
En quoi consiste la procédure de canonisation selon les canons de l'Église, comme débute-t-elle et de quelle manière s'achève-t-elle ?
Dans notre Église, la canonisation des saints, par principe, commence par le bas, c'est-à-dire par le peuple. Le peuple honore un saint. Dans mon diocèse cette question a été soulevée par la jeunesse. Par les étudiants. Ils se sont passionnés pour la destinée d'Alexandre. Il y a déjà longtemps. J'ai alors proposé cette question à notre Concile des évêques. J'ai fourni une description de la vie d'Alexandre et de sa fin. Sur cette base, le Concile a décidé que le diocèse d'Allemagne pouvait le glorifier parmi les saints localement. Le temps venu, les autres diocèses pourront en faire autant. Le Concile a déjà donné sa bénédiction.
Nous pouvions procéder immédiatement à la glorification. Cependant pour cela, un office doit lui être composé. C'est sur ma conscience : c'est moi qui dois l'écrire. Durant de nombreuses années, les prêtres de Russie me «perforaient», me «sciaient» : "voilà nous avons besoin de l'office de la sainte grande duchesse et martyre Elisabeth — parce qu'elle est Allemande". J'ai alors composé un office : c'était ma première expérience en ce domaine. Maintenant, il faut le faire pour Alexandre. Mais c'est plus difficile. Il faut mûrir intérieurement. Je peux dire que cet office est plus ou moins prêt, mais il demande à être retravaillé. Je pense que maintenant, après cette visite, il y aura une secousse spirituelle et j'achèverai le travail.
Il y a aussi la question des reliques. C'est
très compliqué. Et je ne sais pas encore comment agir. Ici, il y a deux
facteurs. Le premier c'est la famille, le deuxième c'est l'administration de la
ville de Munich.
Pour ce qui est de la famille, le frère d'Alexandre — Erich — m'a demandé de ne
pas m'occuper de cette question avant son décès. Il m'a dit : «Faites ce que
vous jugez utile, mais seulement après ma mort.» Et il a agi de façon très
honnête, car il a précisé dans son testament qu'il ne fallait pas
l'enterrer dans la même tombe que son frère Alexandre. Mais il y a aussi sa
sœur Natacha : on a besoin de son autorisation. Il faut aussi se concerter avec
la ville pour ce qui concerne l'exhumation. Pour parler franchement, je ne sais
pas encore comment tout cela va se passer. Mais je dois préciser que la
présence des reliques n'est pas une condition nécessaire pour la canonisation.
Lorsque l'office aura été composé, alors nous déterminerons un jour,
probablement celui de la date de l'exécution d'Alexandre. La veille, un office
de vigiles sera célébré. Et le jour même, si les reliques sont accordées, elles
seront portées, une autre cérémonie aura lieu et la canonisation sera
effective. Je pense qu'au maximum dans deux ans la procédure sera
accomplie.
Ce sera une canonisation locale ?
Oui, pour le diocèse d'Allemagne. Ensuite les
autres diocèses pourront la reprendre : l'évêque de votre diocèse, disons, peut
nous adresser une demande correspondante. Dans le futur, la canonisation
universelle n'est pas exclue.Alexandre Schmorell est déjà représenté sur une icône dans notre cathédrale — qui est consacrée aux Nouveaux martyrs et confesseurs de Russie. Dans la chapelle [en fait : sur l'iconostase de la cathédrale — M.] de la cathédrale se trouve une icône en deux parties : en haut — le transfert des reliques de saint Nicolas; en bas — les saints nouvellement canonisés. On y trouve ainsi saint Jean de Cronstadt et d'autres saints, et dans cette même partie — Alexandre, seulement sans nimbe, pour l'instant [l'icône date de 1996 — M.].
Sur la canonisation des saints
1) (extrait de l'article d'un spécialiste du droit canon — l'archiprêtre Vladislav Tsypine, « Les fondements théologiques et canoniques de la canonisation des saints », 2009)
L'Église orthodoxe distingue les saints
universels des saints locaux. Les saints locaux sont honorés seulement dans une
partie de l'Église, le plus souvent dans l'espace d'un ou plusieurs diocèses,
mais parfois uniquement dans un seul monastère ou dans une paroisse.
Quant aux saints universels, ce sont les saints vénérés par toute l'Église
universelle — c'est-à-dire par toutes les Églises orthodoxes locales (souvent
ils sont honorés aussi par l'Église catholique romaine et par les Églises
non-chacédoniennes : cela concerne avant tout les prophètes et les patriarches
de l'Ancien Testament, les apôtres du Nouveau et de nombreux martyrs,
hiérarques et saints moines anciens) —, ainsi que les saints vénérés uniquement
dans une seule Église locale, en particulier dans l'Église russe ou dans
plusieurs Églises locales. En effectuant la canonisation, les Églises locales
informent les autres Églises locales de la canonisation du nouveau saint, et le
nom du saint peut être ajouté aux diptyques par les instances supérieures de
ces Églises.
(...)
La canonisation des saints locaux était
effectuée de façon différente selon les époques. Actuellement, elle est
effectuée par l'évêque titulaire du diocèse avec la bénédiction préalable du
primat de l'Église orthodoxe russe.
Pour ce qui concerne le caractère de la vénération et les critères de
canonisation, ils sont identiques pour les saints locaux et universels. Les uns
et les autres sont commémorés de la même manière dans les prières communes de
l'Église; des offices sont composés en leur honneur, on consacre des autels et
des églises à leur nom, on leur célèbre des fêtes annuelles, leurs images sont
vénérées comme des icônes; on vénère également leurs reliques. Les Vies des
saints ainsi que les œuvres écrites par eux sont des lectures édifiantes pour
les chrétiens.
(...)
Les martyrs chrétiens des premiers temps étaient considérés comme saints par le fait même d'avoir versé leur sang pour le Christ. Pour leur canonisation, il n'était pas nécessaire de faire d'investigations approfondies de leur vie.
2) Dans son exposé sur la canonisation des nouveaux saints (24 juin 2008) le métropolite Juvénal, président de la Commission synodale pour la canonisation des saints, faisait remarquer que lorsqu'une canonisation locale avait déjà été effectuée, il n'était pas nécessaire, pour respecter une tradition déjà ancrée, de répéter la canonisation, mais il suffisait d'inclure le nom des saints dans les diptyques de l'Église orthodoxe russe (il était question entre autres de saint Jean de Changhaï, déjà canonisé par l'Église russe hors frontières).



Commentaires
Cher p'tit moine. Cet article en effet répond en grande partie aux questions que je me posais quant au processus de canonisation dans les Églises Orthodoxes et spécialement pour le cas du saint martyr Alexandre Schmorell. Merci pour la présentation de l'icône également. Mais d'autres questions surgissent :
1) l'archevêque Mark fait mention des saints "néo-martyrs de la Terre de Russie", st Alexandre Schmorell peut-il être compté dans cette synaxe ?
2) dans le cas de st Alexandre, où en est-on de tout ce lent processus décrit par Mgr Mark (composition de l'office, découverte des reliques, date de commémoration, etc.) ?
Encore merci pour la diffusion de la mémoire de st Alexandre et le travail effectué ces derniers jours autour de la "Rose Blanche".