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Tag - la Rose Blanche

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jeudi 24 juin 2010

roses blanches

Schmorell tombe
J'assistais hier aux funérailles d'Eugène Borisovitch, qui avaient lieu au cimetière où se trouvent les tombes d'Alexandre Schmorell et celles des Scholl et C. Probst. Il est obligatoire ici (en principe) de célébrer les funérailles dans la «chapelle pluraliste» des cimetières. J'en ai profité pour aller sur la tombe du néomartyr Alexandre : les rosiers ont ouvert leurs fleurs — ce sont des roses blanches.
Eugène B. avait une estime particulière pour A. Schmorell, et lorsque il fut interné à l'hôpital la première fois, il apprécia d'être soigné là où Alexandre avait fait son stage de médecine. Maintenant il repose à quelques mètres de sa tombe et près de la cathédrale russe.
Un repas funéraire nous attendait à la cathédrale, et j'en ai profité pour prendre en photo l'icône où est représenté le martyr Alexandre (voir suite du billet).

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lundi 10 mai 2010

Schmorell et les autres

Probst-Schmorell
Alex Schmorell (à droite) arrose son ami d'enfance Christoph Probst (à gauche).
Ils se retrouveront plus tard dans le mouvement estudiantin d'opposition au nazisme «La Rose Blanche».
Schmorell Scholl
Alex Schmorell (à gauche) et son ami Hans Scholl (à droite) en 1942, tous deux membres de «La Rose Blanche».

Extrait des Lettres et Carnets Scholl
Journal de Sophie Scholl
(10 octobre 1942)

« ... Ce matin, je suis allée chez les Schmorell chercher des livres dans la chambre de Schurik [Alex Schmorell].  Comme on se berce d'illusions parfois ! Voici quelques mois je pensais que je portais plus d'affection à Schurik qu'à beaucoup d'autres. Mais ce n'était qu'une illusion trompeuse dès le début. Juste ma vanité qui désirait posséder un homme qui valait quelque chose aux yeux d'autrui. Oh que je me dégoûte ! Que je déforme ridiculement mon image, et ... non, je voudrais l'occasion de faire mes preuves autrement.
Que le ciel était beau aujourd'hui, et les plantes et les arbres, qu'ils étaient beaux et merveilleux. Et pourtant de les voir ne m'a pas rendue heureuse, mais m'a emplie d'une douce mélancolie. Un innocent rappel d'une faute, de ma faute. »
(Extrait du livre Hans et Sophie Scholl : Lettres et carnets, Tallandier, 2008, p. 325)

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mercredi 21 avril 2010

la canonisation d'Alexandre Schmorell

Nous proposons ici la traduction de l'interview donnée par l'archevêque Mark de Berlin (Église russe hors frontières) en septembre 2007 lors de la visite d'Orenbourg, à l'occasion du 90e anniversaire d'Alexandre Schmorell. On y apprend de nombreux détails sur la préparation de la canonisation du nouveau martyr Alexandre.
Depuis, Erich, le frère d'Alexandre, est décédé.
Dans la suite du billet, on trouvera des précisions sur la pratique de la canonisation dans l'Église orthodoxe (et russe en particulier).
L'icône de Paul Drozdowski proposée ci-dessus n'est peut-être pas idéale sur le plan de la composition (en particulier la blouse blanche), mais le visage est plutôt réussi.

icône Alexandre-Schmorell

En quoi consiste la procédure de canonisation selon les canons de l'Église, comme débute-t-elle et de quelle manière s'achève-t-elle ?

Dans notre Église, la canonisation des saints, par principe, commence par le bas, c'est-à-dire par le peuple. Le peuple honore un saint. Dans mon diocèse cette question a été soulevée par la jeunesse. Par les étudiants. Ils se sont passionnés pour la destinée d'Alexandre.  Il y a déjà longtemps. J'ai alors proposé cette question à notre Concile des évêques. J'ai fourni une description de la vie d'Alexandre et de sa fin. Sur cette base, le Concile a décidé que le diocèse d'Allemagne pouvait le glorifier parmi les saints localement. Le temps venu, les autres diocèses pourront en faire autant. Le Concile a déjà donné sa bénédiction. 

Nous pouvions procéder immédiatement à la glorification. Cependant pour cela, un office doit lui être composé. C'est sur ma conscience : c'est moi qui dois l'écrire. Durant de nombreuses années, les prêtres de Russie me «perforaient», me «sciaient» : "voilà nous avons besoin de l'office de la sainte grande duchesse et martyre Elisabeth — parce qu'elle est Allemande". J'ai alors composé un office : c'était ma première expérience en ce domaine. Maintenant, il faut le faire pour Alexandre. Mais c'est plus difficile. Il faut mûrir intérieurement. Je peux dire que cet office est plus ou moins prêt, mais il demande à être retravaillé. Je pense que maintenant, après cette visite, il y aura une secousse spirituelle et j'achèverai le travail.

Il y a aussi la question des reliques. C'est très compliqué. Et je ne sais pas encore comment agir. Ici, il y a deux facteurs. Le premier c'est la famille, le deuxième c'est l'administration de la ville de Munich.
Pour ce qui est de la famille, le frère d'Alexandre — Erich — m'a demandé de ne pas m'occuper de cette question avant son décès. Il m'a dit : «Faites ce que vous jugez utile, mais seulement après ma mort.» Et il a agi de façon très honnête, car il a précisé dans son testament  qu'il ne fallait pas l'enterrer dans la même tombe que son frère Alexandre. Mais il y a aussi sa sœur Natacha : on a besoin de son autorisation. Il faut aussi se concerter avec la ville pour ce qui concerne l'exhumation. Pour parler franchement, je ne sais pas encore comment tout cela va se passer. Mais je dois préciser que la présence des reliques n'est pas une condition nécessaire pour la canonisation. Lorsque l'office aura été composé, alors nous déterminerons un jour, probablement celui de la date de l'exécution d'Alexandre. La veille, un office de vigiles sera célébré. Et le jour même, si les reliques sont accordées, elles seront portées, une autre cérémonie aura lieu et la canonisation sera effective. Je pense qu'au maximum dans deux ans la procédure sera accomplie.

Ce sera une canonisation locale ?

ikonostas.lev-SchmorellOui, pour le diocèse d'Allemagne. Ensuite les autres diocèses pourront la reprendre : l'évêque de votre diocèse, disons, peut nous adresser une demande correspondante. Dans le futur, la canonisation universelle n'est pas exclue.
Alexandre Schmorell est déjà représenté sur une icône dans notre cathédrale — qui est consacrée aux Nouveaux martyrs et confesseurs de Russie. Dans la chapelle [en fait : sur l'iconostase de la cathédrale — M.] de la cathédrale  se trouve une icône en deux parties : en haut — le transfert des reliques de saint Nicolas; en bas — les saints nouvellement canonisés. On y trouve ainsi saint Jean de Cronstadt et d'autres saints, et dans cette même partie — Alexandre, seulement sans nimbe, pour l'instant [l'icône date de 1996 — M.].

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dimanche 18 avril 2010

La Rose Blanche, un groupe d'amis

Une contribution de Hubert.

Rose Blanche
A.Schmorell, C.Probst, H.Scholl, W.Graf, K.Huber, S.Scholl

La Rose Blanche a été un groupe de jeunes aimant la vie, partageant des activités comme le sport, la marche en montagne, l'expression corporelle, un groupe ouvert aux autres, jeunes et moins jeunes, comme Kurt Huber, membre du groupe à l'âge de 50 ans. Son histoire pourrait être celle d'autres groupes de jeunes de notre époque et déjà ainsi elle en dit long sur l'amitié.
Cela pouvait en rester là mais les événements de la seconde guerre mondiale en ont décidé autrement, car ils ont avivé chez les membres de la Rose Blanche le désir de vivre ce qui est le meilleur au plus profond de chacun. Un processus de construction intérieure est intervenu, très rapide car pressé par l'urgence de la situation, et a développé chez eux un état supérieur d'éveil de la conscience.

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mercredi 14 avril 2010

Testament politique d'Alexandre Schmorell


Alexandre Schmorell)
(Témoignage d'Alexandre Schmorell)

« Vous me demandez quelle forme de gouvernement je préfère. Je vous répondrai que à chaque pays sa forme propre, celle qui correspond au caractère de l'État. Le gouvernement, à mon avis, n'est que l'exécuteur de la volonté populaire. En tout cas, il devrait en être ainsi. Ainsi, bien sûr, il jouit de la confiance du peuple, il plaît au peuple, car il le représente, il incarne sa pensée et sa volonté, il est le peuple lui-même. Et le peuple ne peut pas être contre un tel gouvernement. En même temps, il doit le conduire, parce que le commun des mortels ne peut comprendre tout lui-même, résoudre tout par lui-même, d'ailleurs il n'a pas l'intention de le faire — il fait confiance aux dirigeants, aux intellectuels qui s'y connaissent mieux que lui. Cette couche de l'intelligentsia doit constituer une entité unique avec son peuple, elle doit penser la même chose, sentir de la même façon que lui, sinon ils ne peuvent se comprendre pas, et l'intelligentsia mènera sa propre politique sans tenir compte du peuple, sans tenir compte de ses intérêts, malgré le fait que le peuple, dans tous les cas, restera toujours majoritaire. Par conséquent, en aucun cas, je ne me considère comme un fervent partisan de la monarchie, de la démocratie ou du socialisme, quelle que  puisse être l'appellation de ces différentes formes. Ce qui est bien et même remarquable pour un pays donné sera peut-être tout à fait l'inverse pour un autre — ce qui lui conviendra le moins. En règle générale, toutes ces formes de gouvernement ne sont qu'une enveloppe extérieure.

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lundi 5 avril 2010

lettre d'A. Schmorell

Schmorell

« Que nul ne craigne la mort,
car celle du Sauveur nous en a délivrés ! »

(homélie de Pâques de saint Jean Chrysostome)  
En ce lundi de Pâques, je tenais à publier la traduction d'une lettre du martyr Alexandre. 
Que nul ne craigne la mort :  C'est ce que ressentait le martyr, dix jours avant son exécution et le jour même comme en témoignent les deux lettres adressées à sa famille ces jours-là. Dans la suite du billet, on trouvera la traduction intégrale de la lettre adressée par Alexandre Schmorell à sa sœur cadette Natalia (elle fut écrite en prison dans la cellule des condamnés, onze jours avant l'exécution).

La lettre écrite quelques années plus tôt —  avant le début de la guerre avec la Russie —  à Angelica Probst, la sœur de son ami Christoph, dévoile ses impressions lors d'un office religieux dans l'église russe de Munich. C'était le dimanche des Rameaux pour les Russes, et le dimanche de Pâques pour les Allemands.
En comparant ces deux lettres, on remarquera l'évolution spirituelle d'Alexandre.

« Munich, le 14 avril 1941
Chère Angelica,
Hier, j'étais à l'église russe. Mon cœur était serré quand, debout derrière dans un coin, je regardais tous ces malheureux. Où est la justice de Dieu, où ? Peux-tu me le dire, Angeli ?
Alors que j'allais à l'église, le peuple, la populace, les bourgeois, le jour de Pâques, faisaient la queue dès le matin devant les cinémas. Masse malodorante !
Pourquoi ces créatures tristes ont-elles un travail, du pain, une maison et une patrie, et pourquoi tout cela manque-t-il à ces gens que j'ai vus aujourd'hui à l'église ?
Parmi eux il y avait aussi beaucoup de gens du peuple, mais d'un peuple beau, précieux.
Ce sont tous des gens qui ont quitté un jour leur patrie pour échapper à la captivité, s'aventurant dans d'incroyables difficultés uniquement pour ne pas servir une idée qu'ils haïssaient. Et c'est précisément ce simple peuple que j'ai vu aujourd'hui à l'église, c'est lui qui est sans prix. Ils ont fui non pas pour sauver argent ou objets précieux comme de nombreux riches, non, ils ont fui pour sauver leur liberté et celle de leurs enfants. Où trouverait-on un exemple similaire quand une énorme partie du peuple a eu le courage de renoncer à  tout ce qu'elle considérait comme son bien pour fuir, pour échapper à l'esclavage ?
Où était passé aujourd'hui ce courage des Allemands si souvent louangé ?
C'est avec beaucoup de difficultés que la majorité d'entre eux s'est munie en France, d'une modeste et pauvre, mais tout de même une maison. Et de nouveau, ils ont eu un destin  monstrueusement cruel dans un pays étranger.
Cela fait 22 ans qu'ils prient. Même aujourd'hui, quand on les  chasse pour la deuxième fois, ils continuent à prier, ils continuent à venir à l'église et ils prient, ils gardent espoir. Pourquoi Dieu — qu'ils aiment plus que n'importe autre peuple — leur envoie-t-il tant de fardeaux, pourquoi leur sort est-il si monstrueusement cruel ? Des petits enfants de trois-quatre ans, — ils s'agenouillaient, priaient, embrassaient les saintes icônes.
Est-ce qu'il ne suffit d'une seule et unique prière de ces enfants pour pardonner tous les crimes que ce peuple a commis ?
Ils étaient là devant moi, et priaient et avait la foi. Est-ce que la foi n'est pas le plus important ?
En quoi — qui donc le sait ?
Montre-moi un peuple, montre-moi des gens qui croient plus fort que ceux-là qui, après 22 ans de vaine prière croient encore ! Ils ne croient pas en la justice. Comme la Russie devrait être libre depuis longtemps !
Mais ils croient en leur prière, ils croient que Dieu les entendra, et ils ne cessent de croire.
Et pourtant, il n'est personnel pour qui le sort est plus cruel que pour ces gens — les plus croyants de tous les hommes. Ils ont peut-être commis beaucoup d'autres d'erreurs, plus que bien d'autres, mais ils ont aussi une telle Foi et un tel Amour, que n'ont pas les autres. N'est-ce pas le plus précieux ? Toutes les autres erreurs ne devraient-elles pas être pardonnées ?
Je me tenais dans un coin sombre, en regardant tous ces malheureux, et des larmes coulaient sur mes joues. Je n'en avais pas honte.
Dis-moi, bien aimée, est-ce que Dieu envoie toujours à ceux qui L'aiment un destin si cruel ? Pourquoi ? »

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dimanche 28 mars 2010

La Rose Blanche : tract n°6

Sixième et dernier tract de la Rose Blanche. Rédigé par le prof. Kurt Huber (le professeur de philosophie de Hans Scholl et Alexander Schmorell), début février 1943 juste après la capitulation allemande à Stalingrad, il s'adresse aux étudiants et sera imprimé à plus de 2 000 exemplaires. Mais quelques jours plus tard, le 18 février 1943, trois membres de la Rose Blanche sont arrêtés par la Gestapo et condamnés à mort ; deux mois plus tard, la Gestapo arrête trois autres membres. L'activité de la Rose Blanche aura duré moins d'un an, mais le sacrifice de ces jeunes a sauvé la réputation de l'Allemagne.

roseblanche : Schmorell, Probst, Hans Scholl, Graff, Huber, Sophie SchollÉtudiantes ! Étudiants ! 

          La défaite de Stalingrad a jeté notre peuple dans la stupeur. La vie de trois cent mille Allemands, voilà ce qu'a coûté la stratégie géniale de ce soldat de deuxième classe promu général des armées. Führer, nous te remercions !
          Le peuple allemand s'inquiète : allons-nous continuer de confier le sort de nos troupes à un dilettante ? Allons-nous sacrifier les dernières forces vives du pays aux plus bas instincts d'hégémonie d'une clique d'hommes de parti ? Jamais plus !
          Le jour est venu de demander des comptes à la plus exécrable tyrannie que ce peuple ait jamais endurée. Au nom de la jeunesse allemande, nous exigeons de l'État d'Adolf Hitler le retour à la liberté personnelle; nous voulons reprendre possession de ce qui est à nous; notre pays, prétexte pour nous tromper si honteusement, nous appartient.
          Nous avons grandi dans un État où toute expression de ses opinions personnelles était impossible. On a essayé, dans ces années si importantes pour notre formation, de nous ôter toute personnalité, de nous troubler, de nous empoisonner. Dans un brouillard de phrases vides, on voulait étouffer en nous la pensée individuelle, et on appelait cette méthode : «formation pour une conception saine du monde». Par le choix du Führer, un choix comme on n'en pouvait faire de plus diabolique et de plus borné à la fois, des hommes sont devenus des criminels sans dieu, sans honte, sans conscience; il en a fait sa suite aveugle, stupide. Ce serait à nous, «travailleurs intellectuels» de régler son compte à cette nouvelle clique de Seigneurs. Des combattants du front sont traités comme des écoliers par des Chefs de groupe, ou des aspirants Gauleiter.
          Il n'est pour nous qu'un impératif : lutter contre la dictature ! Quittons les rangs de ce parti nazi, où l'on veut empêcher toute expression de notre pensée politique. Désertons les amphithéâtres où paradent les chefs et les sous-chefs S.S., les flagorneurs et les arrivistes. Nous réclamons une science non truquée, et la liberté authentique de l'esprit. Aucune menace ne peut nous faire peur, et certes pas la fermeture de nos Écoles Supérieures. Le combat de chacun d'entre nous a pour enjeu notre liberté, et notre honneur de citoyen conscient de sa responsabilité sociale.
          Liberté et Honneur ! Pendant dix longues années, Hitler et ses partisans nous ont rebattu les oreilles de ces deux mots, comme seuls savent le faire les dilettantes, qui jettent aux cochons les valeurs les plus hautes d'une nation. Ce qu'ils entendent par ces mots, ils l'ont montré suffisamment au cours de ces années où toute liberté, matérielle aussi bien qu'intellectuelle, toute valeur morale furent bafouées. L'effusion de sang qu'ils ont répandue dans l'Europe, au nom de l'honneur allemand, a ouvert les yeux même au plus sot. La honte pèsera pour toujours sur l'Allemagne, si la jeunesse ne s'insurge pas enfin pour écraser ses bourreaux et bâtir une nouvelle Europe spirituelle.
          Etudiantes ! Etudiants ! Le peuple allemand a les yeux fixés sur nous ! Il attend de nous, comme en 1813, le renversement de Napoléon, en 1943, celui de la terreur nazie.
          Bérésina et Stalingrad flambent à l'Est, les morts de Stalingrad nous implorent ! 

          Nous nous dressons contre l'asservissement de l'Europe par le National-Socialisme, dans une affirmation nouvelle de liberté et d'honneur.

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samedi 27 mars 2010

La Rose Blanche : tract n°5

Le cinquième tract de la Rose Blanche (il y en a eu six en tout) a été écrit après le retour du front russe, à l'hiver 1942/1943 par les étudiants allemands de Munich : Alexander Schmorell et Hans Scholl et diffusés avec l'aide de leurs amis. Imprimé à plusieurs milliers d'exemplaires, ce tract est distribué fin janvier 1943 à Munich, Augsbourg, Francfort, Stuttgart, Salzbourg, Linz et Vienne. Plus tard, c'est plusieurs millions d'exemplaires de ce 5e tract qui seront lâchés sur le territoire allemand par l'aviation anglaise.
Ce nouveau tract est bien différent des précédents : une attaque en règle de l'Allemagne prussienne, de son impérialisme, un « socialisme bien compris » est prôné. Plus de références intellectuelles, plus de références chrétiennes apparentes.


roseblanche : Schmorell, Probst, Hans Scholl, Graff, Huber, Sophie Scholl
A p p e l   à   t o u s   l e s   A l l e m a n d s !

          La guerre approche de sa fin certaine. Comme en 1918, le gouvernement allemand essaie encore d'attirer l'attention sur la force de l'arme sous-marine; mais à l'Est, les troupes reculent sans cesse, et on s'attend à une invasion par l'Ouest. L'Amérique n'est pas encore arrivée au maximum de son armement qui dépasse déjà tout ce que l'histoire a connu. Hitler mène l'Allemagne à sa perte, cela a la certitude mathématique. Hitler ne peut pas gagner la guerre, il n'arrive qu'à la prolonger! Sa faute et celle de ses complices ont dépassé toute limite. Le châtiment ne saurait tarder !
          Mais que fait le peuple allemand ? Il n'entend plus, ni ne voit; il suit aveuglement ses faux maîtres dans le chemin du crime. Victoire à tout prix ! Voilà ce que vous avez écrit sur vos drapeaux. «Je combats jusqu'au dernier homme», dit Hitler, quand la guerre est perdue.
          Allemands ! Voulez-vous subir et imposer à vos enfants l'horrible sort des Juifs ? Les mêmes juges, qui châtiront vos maîtres, vous sommeront-ils de rendre compte ? Et faudra-t-il, pour vous comme pour eux, appliquer la même loi ? Serons-nous, pour toujours, le peuple haï de tout, exclu du monde ? Non ! Refusez avec énergie d'être plus longtemps les complices des monstres qui nous gouvernent. Prouvez clairement, par votre action, que vous n'êtes pas des dupes ! Une nouvelle guerre de libération commence. Les meilleurs combattent à nos côtés. L'indifférence n'est plus permise. Décidez-vous, avant qu'il soit trop tard !
          Ne croyez pas la propagande nationale-socialiste qui, par la peur du danger bolcheviste, vous a terrorisés. Ne croyez pas que le salut du pays dépende des succès du nazisme ! Un ordre social criminel ne saurait donner une victoire à l'Allemagne. Séparez-vous à temps de tout ce qui sert ou glorifie cette dictature. Une époque viendra où la justice, pour être bien fondée, n'en sera pas moins implacable; elle comdamnera les indécis et les prudents comme des traîtres.
          Quelle conclusion tirer de cette guerre, qui ne fut jamais nationale ?
          D'où qu'elle vienne, la puissance impérialiste ne doit plus jamais s'instaurer dans l'État. Un militarisme prussien ne doit plus jamais parvenir au pouvoir. Les deux peuples européens auront à se connaître et à s'unir pour jeter les bases d'un relèvement commun. Toute force de nature dictatoriale, comme celle que l'État prussien a tenté d'établir en Allemagne et dans toute l'Europe, doit rencontrer une opposition irréductible. L'Allemagne future ne peut être que fédérale. Seule une conception saine, et fédérale, de l'État donnera une nouvelle vie à l'Europe affaiblie. Un socialisme bien compris libérera la classe des travailleurs de la plus basse forme d'esclavage qui est la sienne. L'économie particulariste doit cesser en Europe. Chaque peuple, chaque individu a droit aux richesses du monde.
          Liberté de parole, liberté de croyance, protection des citoyens contre l'arbitraire des États dictatoriaux criminels, telles sont les bases nécessaires de l'Europe nouvelle.

Aidez les mouvements de résistance, distribuez les tracts !

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vendredi 26 mars 2010

La Rose Blanche : tract n°4

Avec ce quatrième tract s'achève la première série des tracts (N° 1; N° 2;
N° 3
) de la Rose Blanche  écrits en juin-juillet 1942 par Alexander Schmorell et Hans Scholl. Réaction intellectuelle spontanée de deux jeunes face à la politique criminelle du gouvernement de leur temps, à une époque où tant d'Allemands se voilaient la face, ce nouveau tract interpelle avec plus de force encore : «Nous ne nous taisons pas, nous sommes votre mauvaise conscience ; la Rose Blanche ne vous laisse aucun repos ! ».
Bientôt (le 23 juillet) les deux étudiants en médecine de Munich seront envoyés dans un détachement sanitaire pour effectuer leur stage sur le front (russe). Providentiellement, ils resteront ensemble, et avec Christoph Probst et Willi Graf — eux aussi apprentis médecins — constitueront la «cinquième colonne» (les membres de la Rose Blanche) — comme l'appellera Scholl dans ses carnets. Le cinquième tract n'apparaîtra qu'à l'hiver 1942-1943, après leur retour de Russie.

Alexandre Schmorell - Hans SchollOn enseigne depuis toujours cette vérité aux enfants : qui ne veut pas écouter les conseils doit expérimenter soi-même. Mais un enfant intelligent ne se brûlera pas deux fois les doigts sur le poêle.

          Pendant les dernières semaines, Hitler a enregistré des succès en Afrique et en Russie. Cela eut pour conséquence de renforcer chez les uns l'optimisme, et de plonger les autres dans la consternation, et ceci avec une rapidité inhabituelle chez notre peuple, d'ordinaire indolent. Partout, les adversaires de Hitler, les meilleurs d'entre nous, se plaignaient, exprimaient leur déception et leur découragement. Nous pensions : « Hitler va-t-il encore... »
          Mais si la marche en avant continue vers l'Est, l'attaque allemande en Égypte est stoppée, et Rommel est en mauvaise posture. Ce succès apparent a été acheté au prix de sacrifices si grands, qu'il ne peut déjà plus être envisagé comme une réussite. Aussi, nous vous mettons en garde contre toute forme d'optimisme.
          Qui a compté les morts ? Hitler ? Goebbels ? Certes, ni l'un ni l'autre. Des milliers d'hommes tombent chaque jour en Russie. C'est le temps des moissons, mais le moissonneur s'est fait soldat, et il roule à plein gaz dans les blés mûrs. Le deuil entre dans les chaumières. Il n'est personne pour sécher les pleurs de la mère. Hitler lui a pris ce qu'elle avait de plus cher, il a mené son enfant à une mort absurde, et maintenant il lui ment encore.
          Chaque parole qu'Hitler prononce est un mensonge. Quand il dit : paix, il pense : guerre, et s'il cite, en blasphémant, le nom du Tout-Puissant, il ne songe qu'à la force du mal, à l'Ange déchu, à Satan. Sa bouche est la gueule puante de l'enfer, réprouvée est sa puissance.
Il faut bien mener le combat contre l'état de terreur instauré par le National-Socialisme avec des moyens rationnels; mais celui qui doute encore de l'existence réelle des puissances démoniaques ne peut pas saisir ce qu'a de métaphysique l'arrière-plan de cette guerre. Derrière les réalités temporelles, comme au-delà des constructions de l'esprit, il y a la puissance irrationnelle du mal. Partout et sans cesse, l'homme  éprouve, dans sa faiblesse immanente, la tentation de renier sa dignité d'être libre. Partout et dans toutes les époques d'extrême misère, des hommes se sont dressés, saints ou prophètes, qui ont défendu la liberté, rappelé le chemin vers le Dieu unique et exhorté le peuple à revenir de ses erreurs. Certes, l'homme est libre, mais, sans le secours du vrai Dieu, il reste impuissant contre le mal, il est comme un bateau sans gouvernail, abandonné à la tempête. Aussi faible qu'un nouveau-né, aussi fragile qu'un nuage.
          Peux-tu, toi qui es chrétien, hésiter encore lorsque la conservation des biens les plus précieux est en cause, te satisfaire d'un jeu d'intrigues, ajourner ta décision avec l'espoir qu'un autre prenne les armes pour te défendre ? Dieu ne t'a-t-il pas donné la force et le courage de combattre ? Nous devons attaquer l'esprit mauvais où il est le plus néfaste; c'est-à-dire aujourd'hui, dans la force de Hitler.

« Je détournais la tête, et voyais en toutes choses le mal installé sur la terre; regarde : des hommes ont pleuré, ils ont souffert à cause du mal, et ils n'ont pas été consolés; ceux qui les ont frappés étaient si puissants qu'on ne pouvait espérer aucune consolation.
    « Je chantais la louange des morts qui avaient donné leur vie, plutôt que celles des vivants qui la conservaient encore... »
(Extraits de la Bible)

     Novalis : « L'anarchie bien comprise est l'élément constructif de la religion. Elle anéantit les données positives et se manifeste en nouveau fondement du monde... Si l'Europe ressuscitait, si un État des États, et une science politique certaine s'offraient à nous !... Est-ce que la hiérarchie... devrait être encore le principe d'un groupement d'États ? Le sang coulera en Europe, jusqu'à ce que les nations prennent conscience de leur effroyable démence et que les peuples, touchés, et comme adoucis par la sainteté de la musique, s'approchent des autels anciens, apprennent les travaux pacifiques et commencent, sur les champs de bataille fumants, à célébrer la paix. Seule la religion peut réveiller la conscience de l'Europe et assurer le droit des peuples; installer sur terre, dans une splendeur nouvelle, la chrétienté, occupée seulement à préserver la paix. »

          Nous indiquons expressément que la Rose Blanche n'est à la solde d'aucune puissance étrangère. Nous savons que le pouvoir national-socialiste doit être détruit par les armes; mais le renouveau de cet esprit allemand si dégénéré, nous l'escomptons d'abord de l'intérieur. Ce réveil doit précéder l'exacte reconnaissance de toutes les fautes dont s'est chargé notre peuple; il doit également précéder le combat contre Hitler et ses innombrables acolytes, membres du parti, et autres traîtres. Aucune peine sur terre, si grande soit-elle, ne pourra être prononcée contre Hitler et ses partisans. Une fois la guerre finie, il faudra, par souci de l'avenir, châtier durement les coupables pour ôter à quiconque l'envie de recommencer jamais une pareille aventure.
N'oubliez pas non plus les petits salopards de ce régime, souvenez-vous de leurs noms, que pas un d'entre eux n'échappe ! Qu'ils n'aillent pas, au dernier moment, retourner leur veste, et faire comme si rien ne s'était produit.
          Nous tenons à ajouter, pour vous rassurer, que nous ne conservons pas les adresses des lecteurs de la Rose Blanche. Elles sont prises au hasard dans les annuaires.
          Nous ne nous taisons pas, nous sommes votre mauvaise conscience ; la Rose Blanche ne vous laisse aucun repos !
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Reproduisez et répandez ce tract !      

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jeudi 25 mars 2010

La Rose Blanche : tract n°3

Le troisième des quatre premiers premiers tracts de la Rose Blanche a aussi été écrit à l'été 1942 par deux étudiants allemands de Munich : Alexander Schmorell et Hans Scholl. Il s'agit toujours de la réaction spontanée de deux jeunes, essentiellement intellectuelle, face à la politique criminelle du gouvernement de leur temps, à une époque où tant d'Allemands se voilaient la face, mais ce tract appelle plus concrètement à la « résistance passive ».

Alexandre Schmorell - Hans Scholl« Salus publica suprema lex. »

          Toute conception idéale de l'État est utopie. Un État ne peut pas être édifié d'une façon purement théorique ; il doit se développer et arriver à maturité comme un individu. Il ne faut cependant pas oublier qu'à la naissance de chaque civilisation préexiste une forme de l'État. La famille est aussi vieille que l'humanité, et c'est en partant de cette première forme d'existence communautaire que l'homme raisonnable s'est constitué un État devant avoir pour base la justice, et considérer le bien de tous comme une loi primordiale. L'ordre politique doit présenter une analogie avec l'ordre divin, et la civitas dei est le modèle absolu dont il lui faut, en définitive, se rapprocher. Nous ne voulons émettre ici aucun jugement sur les différentes constitutions possibles : démocratie, monarchie constitutionnelle, royauté, etc. Ceci seulement sera mis en relief : chaque homme a le droit de vivre dans une société juste, qui assure la liberté des individus comme le bien de la communauté. Car Dieu désire que l'homme tende à son but naturel, libre et indépendant à l'intérieur d'une existence et d'un développement communautaires ; qu'il cherche à atteindre son bonheur terrestre par ses propres forces, ses aptitudes originales.
          Notre « État » actuel est la dictature du mal. On me répondra peut-être : « Nous le savons depuis longtemps, que sert-il d'en reparler ? » Mais alors, pourquoi ne vous soulevez-vous pas, et comment tolérez-vous que ces dictateurs, peu à peu, suppriment tous vos droits, jusqu'au jour où il ne restera rien qu'une organisation étatique mécanisée dirigée par des criminels et des salopards ? Êtes-vous à ce point abrutis pour oublier que ce n'est pas seulement votre droit, mais aussi votre devoir social, de renverser ce système politique ? Qui n'a plus la force de faire respecter son droit, doit, en toute nécessité, succomber. Nous mériterons de nous voir dispersés sur la terre, comme la poussière l'est par le vent, si nous ne rassemblons pas nos forces et ne retrouvons, en cette douzième heure, le courage qui nous a manqué jusqu'ici. Ne cachez pas votre lâcheté sous le couvert de l'intelligence. Votre faute s'aggrave chaque jour si vous tergiversez et cherchez des prétextes pour éviter la lutte.
          Beaucoup, peut-être la plupart des lecteurs de ces feuilles, se demandent de quelle façon rendre effective une résistance. Ils n'envisagent pas de possibilités. Nous allons vous montrer que chacun est en mesure de coopérer à l'abolition de ce régime. Ne préparons pas la chute de ce «gouvernement» par une opposition individuelle, comme des ermites déçus. Il faut au contraire que des hommes convaincus et énergiques s'unissent, parfaitement d'accord sur les moyens à employer pour atteindre notre but. Nous n'avons guère à choisir entre ces moyens, un seul nous est donné : la résistance passive.
          Cette résistance n'a qu'un impératif : abattre le National-Socialisme. Ne négligeons rien pour y tendre. Il faut atteindre le nazisme partout où cela est possible. Cette caricature d'État recevra bientôt le coup de grâce ; une victoire de l'Allemagne fasciste aurait des conséquences imprévisibles, atroces. L'objectif premier des Allemands doit être la défaite des nazis, et non pas la victoire militaire contre le bolchevisme. La lutte contre le nazisme doit absolument venir au premier plan. Dans un de nos prochains tracts, nous démontrerons l'extrême nécessité de cette exigence.
          Chaque ennemi du nazisme doit se poser la question : comment peut-il combattre le plus efficacement cet «État» actuel, et lui porter les coups les plus durs ? Sans aucun doute par la résistance passive. Il est bien évident que nous ne saurions dicter à chacun sa ligne de conduite; nous ne donnons ici que des indications générales. A chacun de trouver la façon de les mettre en pratique.
          Sabotage dans les fabriques d'armements, les services travaillant pour la guerre, sabotage dans tous les rassemblements, manifestations, fêtes, organisations, contrôlés par le parti national-socialiste. Il faut empêcher le fonctionnement de cette machine de guerre, qui n'œuvre que pour le maintien et le succès du parti nazi et de sa dictature. Sabotage dans tous les domaines économiques et culturels, les Universités, les Écoles Supérieures, les laboratoires, les instituts de recherches, les services techniques. Sabotage dans toutes les organisations de propagande qui prétendent nous imposer la «façon de voir» des fascistes. Sabotage dans toutes les branches des arts appliqués, qui dépendent du National-Socialisme et servent sa cause. Sabotage dans la presse et la littérature, contre tous les journaux à la solde du «gouvernement», qui combattent pour ses idées et tentent de répandre ses mensonges. Ne donnez pas un sou aux collectes (même faites à des fins charitables), car elles ne sont qu'un camouflage. Le produit de ces quêtes ne va ni aux miséreux ni à la Croix-Rouge. Le gouvernement n'a pas besoin d'argent, la planche à billets tourne sans cesse et fabrique autant de papier-monnaie qu'il désire. Il veut seulement ne jamais relâcher l'oppression du peuple, et lui ôter toute liberté. Cherchez à convaincre vos amis et connaissances de l'absurdité d'une continuation de la guerre; montrez-leur qu'elle n'offre aucune issue; faites comprendre quel esclavage intellectuel et économique nous subissons par le nazime, et de quel renversement de toutes les valeurs religieuses et morales cela s'accompagne; incitez, enfin, à une résistance passive !
On lit dans la Politique d'Aristote :
« Une tyrannie s'arrange pour que rien ne demeure caché, de ce que les sujets disent ou font; elle place des espions partout... elle dresse les hommes du monde entier les uns contre les autres, et rend ennemis les amis. Il entre dans les habitudes d'une telle administration tyrannique d'appauvrir les sujets pour payer la solde des gardes du corps afin que, préoccupés seulement de toucher leur paye, ils n'aient ni le temps, ni le loisir de fomenter des conjurations... d'établir des impôts très élevés comme ceux réclamés à Syracuse sous Dionysios, où les citoyens avaient perdu en cinq ans toute leur fortune, à payer des redevances... Enfin le tyran désire faire de la guerre un état permanent... »

Reproduisez et répandez ce tract!!!

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