moinillon au quotidien

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - tracts_Rose-Blanche

Fil des billets - Fil des commentaires

dimanche 28 mars 2010

La Rose Blanche : tract n°6

Sixième et dernier tract de la Rose Blanche. Rédigé par le prof. Kurt Huber (le professeur de philosophie de Hans Scholl et Alexander Schmorell), début février 1943 juste après la capitulation allemande à Stalingrad, il s'adresse aux étudiants et sera imprimé à plus de 2 000 exemplaires. Mais quelques jours plus tard, le 18 février 1943, trois membres de la Rose Blanche sont arrêtés par la Gestapo et condamnés à mort ; deux mois plus tard, la Gestapo arrête trois autres membres. L'activité de la Rose Blanche aura duré moins d'un an, mais le sacrifice de ces jeunes a sauvé la réputation de l'Allemagne.

roseblanche : Schmorell, Probst, Hans Scholl, Graff, Huber, Sophie SchollÉtudiantes ! Étudiants ! 

          La défaite de Stalingrad a jeté notre peuple dans la stupeur. La vie de trois cent mille Allemands, voilà ce qu'a coûté la stratégie géniale de ce soldat de deuxième classe promu général des armées. Führer, nous te remercions !
          Le peuple allemand s'inquiète : allons-nous continuer de confier le sort de nos troupes à un dilettante ? Allons-nous sacrifier les dernières forces vives du pays aux plus bas instincts d'hégémonie d'une clique d'hommes de parti ? Jamais plus !
          Le jour est venu de demander des comptes à la plus exécrable tyrannie que ce peuple ait jamais endurée. Au nom de la jeunesse allemande, nous exigeons de l'État d'Adolf Hitler le retour à la liberté personnelle; nous voulons reprendre possession de ce qui est à nous; notre pays, prétexte pour nous tromper si honteusement, nous appartient.
          Nous avons grandi dans un État où toute expression de ses opinions personnelles était impossible. On a essayé, dans ces années si importantes pour notre formation, de nous ôter toute personnalité, de nous troubler, de nous empoisonner. Dans un brouillard de phrases vides, on voulait étouffer en nous la pensée individuelle, et on appelait cette méthode : «formation pour une conception saine du monde». Par le choix du Führer, un choix comme on n'en pouvait faire de plus diabolique et de plus borné à la fois, des hommes sont devenus des criminels sans dieu, sans honte, sans conscience; il en a fait sa suite aveugle, stupide. Ce serait à nous, «travailleurs intellectuels» de régler son compte à cette nouvelle clique de Seigneurs. Des combattants du front sont traités comme des écoliers par des Chefs de groupe, ou des aspirants Gauleiter.
          Il n'est pour nous qu'un impératif : lutter contre la dictature ! Quittons les rangs de ce parti nazi, où l'on veut empêcher toute expression de notre pensée politique. Désertons les amphithéâtres où paradent les chefs et les sous-chefs S.S., les flagorneurs et les arrivistes. Nous réclamons une science non truquée, et la liberté authentique de l'esprit. Aucune menace ne peut nous faire peur, et certes pas la fermeture de nos Écoles Supérieures. Le combat de chacun d'entre nous a pour enjeu notre liberté, et notre honneur de citoyen conscient de sa responsabilité sociale.
          Liberté et Honneur ! Pendant dix longues années, Hitler et ses partisans nous ont rebattu les oreilles de ces deux mots, comme seuls savent le faire les dilettantes, qui jettent aux cochons les valeurs les plus hautes d'une nation. Ce qu'ils entendent par ces mots, ils l'ont montré suffisamment au cours de ces années où toute liberté, matérielle aussi bien qu'intellectuelle, toute valeur morale furent bafouées. L'effusion de sang qu'ils ont répandue dans l'Europe, au nom de l'honneur allemand, a ouvert les yeux même au plus sot. La honte pèsera pour toujours sur l'Allemagne, si la jeunesse ne s'insurge pas enfin pour écraser ses bourreaux et bâtir une nouvelle Europe spirituelle.
          Etudiantes ! Etudiants ! Le peuple allemand a les yeux fixés sur nous ! Il attend de nous, comme en 1813, le renversement de Napoléon, en 1943, celui de la terreur nazie.
          Bérésina et Stalingrad flambent à l'Est, les morts de Stalingrad nous implorent ! 

          Nous nous dressons contre l'asservissement de l'Europe par le National-Socialisme, dans une affirmation nouvelle de liberté et d'honneur.

Lire la suite...

samedi 27 mars 2010

La Rose Blanche : tract n°5

Le cinquième tract de la Rose Blanche (il y en a eu six en tout) a été écrit après le retour du front russe, à l'hiver 1942/1943 par les étudiants allemands de Munich : Alexander Schmorell et Hans Scholl et diffusés avec l'aide de leurs amis. Imprimé à plusieurs milliers d'exemplaires, ce tract est distribué fin janvier 1943 à Munich, Augsbourg, Francfort, Stuttgart, Salzbourg, Linz et Vienne. Plus tard, c'est plusieurs millions d'exemplaires de ce 5e tract qui seront lâchés sur le territoire allemand par l'aviation anglaise.
Ce nouveau tract est bien différent des précédents : une attaque en règle de l'Allemagne prussienne, de son impérialisme, un « socialisme bien compris » est prôné. Plus de références intellectuelles, plus de références chrétiennes apparentes.


roseblanche : Schmorell, Probst, Hans Scholl, Graff, Huber, Sophie Scholl
A p p e l   à   t o u s   l e s   A l l e m a n d s !

          La guerre approche de sa fin certaine. Comme en 1918, le gouvernement allemand essaie encore d'attirer l'attention sur la force de l'arme sous-marine; mais à l'Est, les troupes reculent sans cesse, et on s'attend à une invasion par l'Ouest. L'Amérique n'est pas encore arrivée au maximum de son armement qui dépasse déjà tout ce que l'histoire a connu. Hitler mène l'Allemagne à sa perte, cela a la certitude mathématique. Hitler ne peut pas gagner la guerre, il n'arrive qu'à la prolonger! Sa faute et celle de ses complices ont dépassé toute limite. Le châtiment ne saurait tarder !
          Mais que fait le peuple allemand ? Il n'entend plus, ni ne voit; il suit aveuglement ses faux maîtres dans le chemin du crime. Victoire à tout prix ! Voilà ce que vous avez écrit sur vos drapeaux. «Je combats jusqu'au dernier homme», dit Hitler, quand la guerre est perdue.
          Allemands ! Voulez-vous subir et imposer à vos enfants l'horrible sort des Juifs ? Les mêmes juges, qui châtiront vos maîtres, vous sommeront-ils de rendre compte ? Et faudra-t-il, pour vous comme pour eux, appliquer la même loi ? Serons-nous, pour toujours, le peuple haï de tout, exclu du monde ? Non ! Refusez avec énergie d'être plus longtemps les complices des monstres qui nous gouvernent. Prouvez clairement, par votre action, que vous n'êtes pas des dupes ! Une nouvelle guerre de libération commence. Les meilleurs combattent à nos côtés. L'indifférence n'est plus permise. Décidez-vous, avant qu'il soit trop tard !
          Ne croyez pas la propagande nationale-socialiste qui, par la peur du danger bolcheviste, vous a terrorisés. Ne croyez pas que le salut du pays dépende des succès du nazisme ! Un ordre social criminel ne saurait donner une victoire à l'Allemagne. Séparez-vous à temps de tout ce qui sert ou glorifie cette dictature. Une époque viendra où la justice, pour être bien fondée, n'en sera pas moins implacable; elle comdamnera les indécis et les prudents comme des traîtres.
          Quelle conclusion tirer de cette guerre, qui ne fut jamais nationale ?
          D'où qu'elle vienne, la puissance impérialiste ne doit plus jamais s'instaurer dans l'État. Un militarisme prussien ne doit plus jamais parvenir au pouvoir. Les deux peuples européens auront à se connaître et à s'unir pour jeter les bases d'un relèvement commun. Toute force de nature dictatoriale, comme celle que l'État prussien a tenté d'établir en Allemagne et dans toute l'Europe, doit rencontrer une opposition irréductible. L'Allemagne future ne peut être que fédérale. Seule une conception saine, et fédérale, de l'État donnera une nouvelle vie à l'Europe affaiblie. Un socialisme bien compris libérera la classe des travailleurs de la plus basse forme d'esclavage qui est la sienne. L'économie particulariste doit cesser en Europe. Chaque peuple, chaque individu a droit aux richesses du monde.
          Liberté de parole, liberté de croyance, protection des citoyens contre l'arbitraire des États dictatoriaux criminels, telles sont les bases nécessaires de l'Europe nouvelle.

Aidez les mouvements de résistance, distribuez les tracts !

Lire la suite...

vendredi 26 mars 2010

La Rose Blanche : tract n°4

Avec ce quatrième tract s'achève la première série des tracts (N° 1; N° 2;
N° 3
) de la Rose Blanche  écrits en juin-juillet 1942 par Alexander Schmorell et Hans Scholl. Réaction intellectuelle spontanée de deux jeunes face à la politique criminelle du gouvernement de leur temps, à une époque où tant d'Allemands se voilaient la face, ce nouveau tract interpelle avec plus de force encore : «Nous ne nous taisons pas, nous sommes votre mauvaise conscience ; la Rose Blanche ne vous laisse aucun repos ! ».
Bientôt (le 23 juillet) les deux étudiants en médecine de Munich seront envoyés dans un détachement sanitaire pour effectuer leur stage sur le front (russe). Providentiellement, ils resteront ensemble, et avec Christoph Probst et Willi Graf — eux aussi apprentis médecins — constitueront la «cinquième colonne» (les membres de la Rose Blanche) — comme l'appellera Scholl dans ses carnets. Le cinquième tract n'apparaîtra qu'à l'hiver 1942-1943, après leur retour de Russie.

Alexandre Schmorell - Hans SchollOn enseigne depuis toujours cette vérité aux enfants : qui ne veut pas écouter les conseils doit expérimenter soi-même. Mais un enfant intelligent ne se brûlera pas deux fois les doigts sur le poêle.

          Pendant les dernières semaines, Hitler a enregistré des succès en Afrique et en Russie. Cela eut pour conséquence de renforcer chez les uns l'optimisme, et de plonger les autres dans la consternation, et ceci avec une rapidité inhabituelle chez notre peuple, d'ordinaire indolent. Partout, les adversaires de Hitler, les meilleurs d'entre nous, se plaignaient, exprimaient leur déception et leur découragement. Nous pensions : « Hitler va-t-il encore... »
          Mais si la marche en avant continue vers l'Est, l'attaque allemande en Égypte est stoppée, et Rommel est en mauvaise posture. Ce succès apparent a été acheté au prix de sacrifices si grands, qu'il ne peut déjà plus être envisagé comme une réussite. Aussi, nous vous mettons en garde contre toute forme d'optimisme.
          Qui a compté les morts ? Hitler ? Goebbels ? Certes, ni l'un ni l'autre. Des milliers d'hommes tombent chaque jour en Russie. C'est le temps des moissons, mais le moissonneur s'est fait soldat, et il roule à plein gaz dans les blés mûrs. Le deuil entre dans les chaumières. Il n'est personne pour sécher les pleurs de la mère. Hitler lui a pris ce qu'elle avait de plus cher, il a mené son enfant à une mort absurde, et maintenant il lui ment encore.
          Chaque parole qu'Hitler prononce est un mensonge. Quand il dit : paix, il pense : guerre, et s'il cite, en blasphémant, le nom du Tout-Puissant, il ne songe qu'à la force du mal, à l'Ange déchu, à Satan. Sa bouche est la gueule puante de l'enfer, réprouvée est sa puissance.
Il faut bien mener le combat contre l'état de terreur instauré par le National-Socialisme avec des moyens rationnels; mais celui qui doute encore de l'existence réelle des puissances démoniaques ne peut pas saisir ce qu'a de métaphysique l'arrière-plan de cette guerre. Derrière les réalités temporelles, comme au-delà des constructions de l'esprit, il y a la puissance irrationnelle du mal. Partout et sans cesse, l'homme  éprouve, dans sa faiblesse immanente, la tentation de renier sa dignité d'être libre. Partout et dans toutes les époques d'extrême misère, des hommes se sont dressés, saints ou prophètes, qui ont défendu la liberté, rappelé le chemin vers le Dieu unique et exhorté le peuple à revenir de ses erreurs. Certes, l'homme est libre, mais, sans le secours du vrai Dieu, il reste impuissant contre le mal, il est comme un bateau sans gouvernail, abandonné à la tempête. Aussi faible qu'un nouveau-né, aussi fragile qu'un nuage.
          Peux-tu, toi qui es chrétien, hésiter encore lorsque la conservation des biens les plus précieux est en cause, te satisfaire d'un jeu d'intrigues, ajourner ta décision avec l'espoir qu'un autre prenne les armes pour te défendre ? Dieu ne t'a-t-il pas donné la force et le courage de combattre ? Nous devons attaquer l'esprit mauvais où il est le plus néfaste; c'est-à-dire aujourd'hui, dans la force de Hitler.

« Je détournais la tête, et voyais en toutes choses le mal installé sur la terre; regarde : des hommes ont pleuré, ils ont souffert à cause du mal, et ils n'ont pas été consolés; ceux qui les ont frappés étaient si puissants qu'on ne pouvait espérer aucune consolation.
    « Je chantais la louange des morts qui avaient donné leur vie, plutôt que celles des vivants qui la conservaient encore... »
(Extraits de la Bible)

     Novalis : « L'anarchie bien comprise est l'élément constructif de la religion. Elle anéantit les données positives et se manifeste en nouveau fondement du monde... Si l'Europe ressuscitait, si un État des États, et une science politique certaine s'offraient à nous !... Est-ce que la hiérarchie... devrait être encore le principe d'un groupement d'États ? Le sang coulera en Europe, jusqu'à ce que les nations prennent conscience de leur effroyable démence et que les peuples, touchés, et comme adoucis par la sainteté de la musique, s'approchent des autels anciens, apprennent les travaux pacifiques et commencent, sur les champs de bataille fumants, à célébrer la paix. Seule la religion peut réveiller la conscience de l'Europe et assurer le droit des peuples; installer sur terre, dans une splendeur nouvelle, la chrétienté, occupée seulement à préserver la paix. »

          Nous indiquons expressément que la Rose Blanche n'est à la solde d'aucune puissance étrangère. Nous savons que le pouvoir national-socialiste doit être détruit par les armes; mais le renouveau de cet esprit allemand si dégénéré, nous l'escomptons d'abord de l'intérieur. Ce réveil doit précéder l'exacte reconnaissance de toutes les fautes dont s'est chargé notre peuple; il doit également précéder le combat contre Hitler et ses innombrables acolytes, membres du parti, et autres traîtres. Aucune peine sur terre, si grande soit-elle, ne pourra être prononcée contre Hitler et ses partisans. Une fois la guerre finie, il faudra, par souci de l'avenir, châtier durement les coupables pour ôter à quiconque l'envie de recommencer jamais une pareille aventure.
N'oubliez pas non plus les petits salopards de ce régime, souvenez-vous de leurs noms, que pas un d'entre eux n'échappe ! Qu'ils n'aillent pas, au dernier moment, retourner leur veste, et faire comme si rien ne s'était produit.
          Nous tenons à ajouter, pour vous rassurer, que nous ne conservons pas les adresses des lecteurs de la Rose Blanche. Elles sont prises au hasard dans les annuaires.
          Nous ne nous taisons pas, nous sommes votre mauvaise conscience ; la Rose Blanche ne vous laisse aucun repos !
_____________________________________________

Reproduisez et répandez ce tract !      

Lire la suite...

jeudi 25 mars 2010

La Rose Blanche : tract n°3

Le troisième des quatre premiers premiers tracts de la Rose Blanche a aussi été écrit à l'été 1942 par deux étudiants allemands de Munich : Alexander Schmorell et Hans Scholl. Il s'agit toujours de la réaction spontanée de deux jeunes, essentiellement intellectuelle, face à la politique criminelle du gouvernement de leur temps, à une époque où tant d'Allemands se voilaient la face, mais ce tract appelle plus concrètement à la « résistance passive ».

Alexandre Schmorell - Hans Scholl« Salus publica suprema lex. »

          Toute conception idéale de l'État est utopie. Un État ne peut pas être édifié d'une façon purement théorique ; il doit se développer et arriver à maturité comme un individu. Il ne faut cependant pas oublier qu'à la naissance de chaque civilisation préexiste une forme de l'État. La famille est aussi vieille que l'humanité, et c'est en partant de cette première forme d'existence communautaire que l'homme raisonnable s'est constitué un État devant avoir pour base la justice, et considérer le bien de tous comme une loi primordiale. L'ordre politique doit présenter une analogie avec l'ordre divin, et la civitas dei est le modèle absolu dont il lui faut, en définitive, se rapprocher. Nous ne voulons émettre ici aucun jugement sur les différentes constitutions possibles : démocratie, monarchie constitutionnelle, royauté, etc. Ceci seulement sera mis en relief : chaque homme a le droit de vivre dans une société juste, qui assure la liberté des individus comme le bien de la communauté. Car Dieu désire que l'homme tende à son but naturel, libre et indépendant à l'intérieur d'une existence et d'un développement communautaires ; qu'il cherche à atteindre son bonheur terrestre par ses propres forces, ses aptitudes originales.
          Notre « État » actuel est la dictature du mal. On me répondra peut-être : « Nous le savons depuis longtemps, que sert-il d'en reparler ? » Mais alors, pourquoi ne vous soulevez-vous pas, et comment tolérez-vous que ces dictateurs, peu à peu, suppriment tous vos droits, jusqu'au jour où il ne restera rien qu'une organisation étatique mécanisée dirigée par des criminels et des salopards ? Êtes-vous à ce point abrutis pour oublier que ce n'est pas seulement votre droit, mais aussi votre devoir social, de renverser ce système politique ? Qui n'a plus la force de faire respecter son droit, doit, en toute nécessité, succomber. Nous mériterons de nous voir dispersés sur la terre, comme la poussière l'est par le vent, si nous ne rassemblons pas nos forces et ne retrouvons, en cette douzième heure, le courage qui nous a manqué jusqu'ici. Ne cachez pas votre lâcheté sous le couvert de l'intelligence. Votre faute s'aggrave chaque jour si vous tergiversez et cherchez des prétextes pour éviter la lutte.
          Beaucoup, peut-être la plupart des lecteurs de ces feuilles, se demandent de quelle façon rendre effective une résistance. Ils n'envisagent pas de possibilités. Nous allons vous montrer que chacun est en mesure de coopérer à l'abolition de ce régime. Ne préparons pas la chute de ce «gouvernement» par une opposition individuelle, comme des ermites déçus. Il faut au contraire que des hommes convaincus et énergiques s'unissent, parfaitement d'accord sur les moyens à employer pour atteindre notre but. Nous n'avons guère à choisir entre ces moyens, un seul nous est donné : la résistance passive.
          Cette résistance n'a qu'un impératif : abattre le National-Socialisme. Ne négligeons rien pour y tendre. Il faut atteindre le nazisme partout où cela est possible. Cette caricature d'État recevra bientôt le coup de grâce ; une victoire de l'Allemagne fasciste aurait des conséquences imprévisibles, atroces. L'objectif premier des Allemands doit être la défaite des nazis, et non pas la victoire militaire contre le bolchevisme. La lutte contre le nazisme doit absolument venir au premier plan. Dans un de nos prochains tracts, nous démontrerons l'extrême nécessité de cette exigence.
          Chaque ennemi du nazisme doit se poser la question : comment peut-il combattre le plus efficacement cet «État» actuel, et lui porter les coups les plus durs ? Sans aucun doute par la résistance passive. Il est bien évident que nous ne saurions dicter à chacun sa ligne de conduite; nous ne donnons ici que des indications générales. A chacun de trouver la façon de les mettre en pratique.
          Sabotage dans les fabriques d'armements, les services travaillant pour la guerre, sabotage dans tous les rassemblements, manifestations, fêtes, organisations, contrôlés par le parti national-socialiste. Il faut empêcher le fonctionnement de cette machine de guerre, qui n'œuvre que pour le maintien et le succès du parti nazi et de sa dictature. Sabotage dans tous les domaines économiques et culturels, les Universités, les Écoles Supérieures, les laboratoires, les instituts de recherches, les services techniques. Sabotage dans toutes les organisations de propagande qui prétendent nous imposer la «façon de voir» des fascistes. Sabotage dans toutes les branches des arts appliqués, qui dépendent du National-Socialisme et servent sa cause. Sabotage dans la presse et la littérature, contre tous les journaux à la solde du «gouvernement», qui combattent pour ses idées et tentent de répandre ses mensonges. Ne donnez pas un sou aux collectes (même faites à des fins charitables), car elles ne sont qu'un camouflage. Le produit de ces quêtes ne va ni aux miséreux ni à la Croix-Rouge. Le gouvernement n'a pas besoin d'argent, la planche à billets tourne sans cesse et fabrique autant de papier-monnaie qu'il désire. Il veut seulement ne jamais relâcher l'oppression du peuple, et lui ôter toute liberté. Cherchez à convaincre vos amis et connaissances de l'absurdité d'une continuation de la guerre; montrez-leur qu'elle n'offre aucune issue; faites comprendre quel esclavage intellectuel et économique nous subissons par le nazime, et de quel renversement de toutes les valeurs religieuses et morales cela s'accompagne; incitez, enfin, à une résistance passive !
On lit dans la Politique d'Aristote :
« Une tyrannie s'arrange pour que rien ne demeure caché, de ce que les sujets disent ou font; elle place des espions partout... elle dresse les hommes du monde entier les uns contre les autres, et rend ennemis les amis. Il entre dans les habitudes d'une telle administration tyrannique d'appauvrir les sujets pour payer la solde des gardes du corps afin que, préoccupés seulement de toucher leur paye, ils n'aient ni le temps, ni le loisir de fomenter des conjurations... d'établir des impôts très élevés comme ceux réclamés à Syracuse sous Dionysios, où les citoyens avaient perdu en cinq ans toute leur fortune, à payer des redevances... Enfin le tyran désire faire de la guerre un état permanent... »

Reproduisez et répandez ce tract!!!

Lire la suite...

mercredi 24 mars 2010

La Rose Blanche : tract n°2

 Après le 1er tract, voici le deuxième des quatre premiers premiers tracts de la Rose Blanche. Il a été écrit à l'été 1942 par deux étudiants allemands de Munich : Alexander Schmorell et Hans Scholl (les procès-verbaux de la Gestapo en témoignent depuis que les archives sont devenues disponibles après 1990). Pour les quatre premiers tracts (sur six), on ne peut parler de résistance organisée au nazisme, il s'agit seulement de la réaction de deux jeunes, essentiellement intellectuelle, face à la politique criminelle du gouvernement de leur temps, à une époque où tant d'Allemands se voilaient la face. Celui-ci mentionne l'extermination des Juifs de Pologne.

Alexandre Schmorell - Hans SchollOn ne peut pas discuter du nazisme, ni s'opposer à lui par une démarche de l'esprit, car il n'a rien d'une doctrine spirituelle. Il est faux de parler d'une conception du monde national-socialiste parce que, si une telle conception existait, on devrait essayer de l'établir ou de la combattre par des moyens d'ordre intellectuel. La réalité est différente. Cette doctrine, et le mouvement qu'elle suscita, étaitent, dès leurs prémices, basés avant tout sur la duperie collective, et donc pourris de l'intérieur ; seul le mensonge permanent en assurait la durée. C'est ainsi que Hitler, dans une ancienne édition de «son» livre, — un ouvrage écrit dans l'allemand le plus laid qu'on puisse lire, et qu'un peuple dit de poètes et de penseurs a pris pour bible ! — définit en ces termes sa règle de conduite : «On ne peut pas s'imaginer à quel point il faut tromper un peuple pour le gouverner.» Cette gangrène, qui allait atteindre toute la nation, n'a pas été totalement décelée dès son apparition, les meilleures forces du pays s'employant alors à la limiter. Mais bientôt elle s'amplifia et finalement, par l'effet d'une corruption générale, triompha. L'abcès creva, empuantissant le corps entier. Les anciens opposants se cachèrent, l'élite allemande se tint dans l'ombre.
Et maintenant, la fin est proche. Il s'agit de se reconnaître les uns les autres, de s'expliquer clairement d'hommes à hommes ; d'avoir ce seul impératif sans cesse présent à l'esprit ; de ne s'accorder aucun repos avant que tout Allemand ne soit persuadé de l'absolue nécessité de la lutte contre ce régime. Si une telle vague de soulèvement traverse le pays, si quelque chose est enfin «dans l'air», alors et alors seulement, ce système peut s'écrouler. Le dernier sursaut exigera toutes nos forces. La fin sera atroce, mais si terrible qu'elle doive être, elle est moins redoutable qu'une atrocité sans fin.

ll ne nous est pas donné de porter un jugement définitif sur le sens de notre histoire. Si nous sommes capables de nous purifier par la souffrance, de redécouvrir la lumière après une nuit insondable, de rassembler nos énergies pour coopérer enfin à l'œuvre de tous, de rejeter le joug qui oppresse le monde, cette catastrophe nous aidera à trouver notre salut.

          Notre dessein n'est pas d'étudier ici la question juive. Nous ne voulons présenter aucun plaidoyer. Qu'on nous permette seulement de rapporter un fait : depuis la mainmise sur la Pologne, 300 000 Juifs de ce pays ont été abattus comme des bêtes. C'est là le crime le plus abominable perpétré contre la dignité humaine, et aucun autre dans l'histoire ne saurait lui être comparé. Qu'on ait sur la question juive l'opinion que l'on veut : les Juifs sont des hommes et ce crime fut commis contre les hommes. Quelque imbécile oserait-il dire qu'ils ont mérité leur sort ? — Ce serait une idée abominable ; mais cet imbécile, que pense-t-il du fait que toute la jeunesse polonaise ait été anéantie ? De quelle façon cela s'est-il passé ? Tous les fils de famille entre 15 et 20 ans furent envoyés au travail obligatoire et dans les camps de concentration en Allemagne, toutes les filles du même âge furent expédiées dans les bordels des S.S. Nous vous racontons cette suite de crimes parce que cela touche à une question qui nous concerne tous, et qui doit tous nous faire réfléchir. Pourquoi tant de citoyens, en face de ces crimes abominables, restent-ils indifférents ? On préfère ne pas y penser. Le fait est accepté comme tel, et classé. Notre peuple continue de dormir, d'un sommeil épais, et il laisse à ces fascistes criminels l'occasion de sévir.
Faut-il en conclure que les Allemands sont abrutis, qu'ils ont perdu les sentiments humains élémentaires, que rien en eux ne s'insurge à l'énoncé de tels méfaits, qu'ils sont enfoncés dans un sommeil mortel, sans réveil ? C'est bien ce qu'il semble et même, si le peuple allemand ne se dégage pas enfin de cette torpeur, s'il ne proteste pas partout où cela lui est possible, s'il ne se range pas du côté des victimes, il en sera ainsi éternellement. Qu'il ne se contente pas d'une vague pitié. Il doit avoir le sentiment d'une faute commune, d'une complicité, ce qui est infiniment plus grave. Car, par son immobilisme, notre peuple donne à ces odieux personnages l'occasion d'agir comme ils le font. Il supporte ce prétendu gouvernement qui se charge d'une faute immense : il est lui-même coupable de l'existence de ce gouvernement. Chacun rejette sur les autres cette faute commune, chacun s'en affranchit et continue à dormir, la conscience calme. Mais il ne faut pas se désolidariser des autres, chacun est coupable, coupable, coupable !
Cependant, il n'est pas trop tard pour faire disparaître de la surface du globe ce prétendu gouvernement ; nous pouvons encore nous délivrer de ce monstre que nous avons nous-mêmes créé. Nos yeux ont été ouverts par les horreurs des dernières années, il est grand temps d'en finir avec cette équipe de fantoches. Jusqu'à la déclaration de guerre, beaucoup d'entre nous étaient encore abusés : les nazis cachaient leur vrai visage. Maintenant ils se sont démasqués, et le seul, le plus haut, le plus saint devoir de chaque Allemand doit être l'extermination de ces brutes.« Tel administre son peuple sans faire sentir son autorité, et le rend heureux ; tel, dont la gestion es opprimante, le brise.

« La misère, voilà sur quoi se construit le bonheur. Le bonheur ne cache que la misère. Où cela mène-t-il ? La fin n'est pas concevable. Ce qui était ordre se transforme en désordre, le bien devient le mal. Le peuple se perd dans la confusion. N'est-ce pas ainsi, tous les jours, depuis longtemps ?
« L'homme supérieur est rigide sans heurter ; il a ses armes, mais ne blesse pas ; il est sincère, sans rudesse. Il est clarté, et non éclat superficiel. »
(Lao-Tseu)

« Qui entreprend de dominer un pays en lui imposant la forme de son arbitraire, je ne pense pas qu'il atteigne jamais son but ; c'est tout. »
« Un État est un organisme vivant ; on ne peut, en vérité, le créer de toutes pièces. Qui veut s'en mêler, le corrompt, qui veut s'en rendre maître, le perd.»
« Certains d'entre les hommes montrent le chemin, d'autres les suivent. La vie des uns est ardente ; froide, celle des autres ; ici, la faiblesse, ailleurs la force ; à quelques-uns la plénitude, à d'autres, la défaite. »
« L'homme supérieur ne recherche pas les extrêmes, ni la domination, ni l'inaccessible. »
(Lao-Tseu)

Nous vous demandons de recopier cette feuille, et de la diffuser.

Lire la suite...

mardi 23 mars 2010

La Rose Blanche : tract n°1

Le premier des quatre premiers premiers tracts (rédigés entre le 27 juin et le 12 juillet 1942) de la Rose Blanche a été écrit fin juin par deux étudiants allemands de Munich : Alexander Schmorell et Hans Scholl (les procès-verbaux de la Gestapo en témoignent depuis que les archives sont devenues disponibles après 1990). Pour les quatre premiers tracts (sur six), on ne peut parler de résistance organisée au nazisme, il s'agit seulement de la réaction de deux jeunes, essentiellement intellectuelle, face à la politique criminelle du gouvernement de leur temps, à une époque où tant d'Allemands se voilaient la face.

Alexandre Schmorell - Hans SchollIl n'est rien de plus indigne d'un peuple civilisé que de se laisser, sans résistance, régir par l'obscur bon plaisir d'une clique de despotes. Est-ce que chaque Allemand honnête n'a pas honte aujourd'hui de son Gouvernement ? Qui d'entre nous pressent quelle somme d'ignominie pèsera sur nous et sur nos enfants, quand le bandeau qui maintenant nous aveugle, sera tombé, et qu'on découvrira l'atrocité extrême de ces crimes ? Si le peuple allemand est déjà à ce point corrompu et décadent, qu'il abandonne sans opposition, avec une confiance insensée en un déterminisme contestable de l'histoire, ce que l'homme possède de plus haut : le libre arbitre et la liberté, refusant de s'insérer dans le cours de l'histoire pour la subordonner finalement à sa volonté ; s'il est devenu une masse dénuée d'esprit, d'individualité, de courage, alors c'est lui-même qui prépare sa ruine.

Le peuple allemand, selon Goethe, relève d'une essence tragique comparable à celle des Grecs ou des Juifs. Aujourd'hui, il ressemble plutôt à un troupeau d'hommes, lâches, sans volonté, obéissant à tous les maîtres, prêts à se laisser mener à l'abîme. Ceci n'est qu'une apparence. Par un long système de violation des consciences, on a obligé chaque individu à se taire ou à mentir. Peu d'hommes eurent le courage de dénoncer le mal ; ils ont voulu alerter l'opinion: la mort fut leur seule récompense. Il y aura encore beaucoup à dire sur le destin de ces héros.

Si chacun attend que son voisin commence, nous verrons se rapprocher le jour terrible de la vengeance. On aura jeté la dernière victime dans la gueule du démon, sacrifice absurde, démon insatiable. Aussi faut-il que tout individu prenne conscience de sa responsabilité en tant que membre de la civilisation occidentale chrétienne ; qu'il se défende, en cette dernière heure, selon tous ses moyens ; qu'il combatte ce fléau de l'humanité, le fascisme, ou tout autre système de dictature semblable. Où que vous soyez, organisez une résistance passive, — une Résistance —, et empêchez que cette grande machine de guerre athée continue de fonctionner. Faites-le avant qu'il ne soit trop tard, avant que nos dernières villes ne soient devenues un amoncellement de ruines, comme Cologne, et que la jeunesse allemande ne disparaisse, immolée à la démence d'un monstre. N'oubliez pas que chaque peuple mérite le gouvernement qu'il supporte.
        
          On lit dans la Législation de Lycurgue et de Solon, de Schiller :

«... Si l'on considère l'objectif qu'elle poursuivait, la législation de Lycurgue est un chef-d'œuvre dans l'art de connaître les hommes et de diriger les États. Il désirait un ordre puissant, tirant de lui-même sa raison d'être, indestructible ; son double but était de constituer des forces politiques et d'assurer une stabilité de l'État. Il l'a atteint dans la mesure du possible, étant données les circonstances. Après un examen superficiel, cette doctrine peut paraître admirable ; qu'on oppose cependant la fin spéciale que Lycurgue se proposait à celle de l'humanité, et cette admiration fragile se changera en une désapprobation profonde. Tout peut être sacrifié au plus grand bien de l'État, tout, sauf ce que l'État lui-même doit servir. Car il n'est jamais une fin en soi, il n'a d'importance qu'en tant que condition par laquelle l'humanité peut obéïr à sa raison d'être: développement de toutes les forces humaines, progrès. Une constitution qui empêche l'épanouissement des aptitudes individuelles et contrecarre le progrès de l'esprit, est nuisible et condamnable. Elle peut bien relever d'une pensée cohérente et atteindre, dans son genre, à la perfection, sa stabilité est plus un objet de blâme que de gloire : c'est seulement un mal qui se prolonge, d'autant plus nuisible qu'il aura de durée.
«... La victoire politique fut acquise par la négation de tout sentiment d'ordre moral ; on orienta les aptitudes individuelles dans ce sens. Il n'y avait à Sparte ni d'amour conjugal, ni d'amour maternel ; l'affection de l'enfant pour le père, de l'ami pour l'ami, était proscrite. Le pays ne comportait que des citoyens, la seule vertu civique régnait.
«... Une loi d'État commandait aux Spartiates de se conduire envers leurs esclaves comme des tyrans. L'humanité était outragée et bafouée en ces malheureuses victimes de la guerre. Le code spartiate prescrivait le principe dangereux de considérer les hommes commes des moyens, non comme des fins ; par là, on renversait les fondements du droit naturel et de la moralité.
«... Quelle belle action que celle du vieux guerrier Cajus Marcius, retiré dans son camp devant Rome, abandonnant sa victoire et sa vengeance parce que la vue d'une mère en pleurs lui était intolérable.
«... L'Etat (de Lycurgue) ne pouvait se maintenir qu'à la seule condition que l'esprit du peuple ne se manifestât pas. Il ne pouvait donc exister qu'en manquant au devoir le plus haut, le seul — d'un État. »

          Goethe écrit (Le Réveil d'Épiménide, acte II, scène 4) :

Ce qui émerge de l'abîme
peut prendre forme violente,
et conquérir la moitié du monde : 
à l'abîme le mal retourne.
Déjà règne la peur,
les despotes sont perdus
Et tous ceux qui dépendent de la force mauvaise
doivent aussi connaître la mort. 

                 L'espérance
L'heure est venue où je retrouve,
mes amis assemblés dans la nuit,
pour le silence sans sommeil,
et le beau mot de liberté,
on le murmure, on le bredouille,
jusqu'à la nouveauté inouie :
sur les degrés de notre temple
nous le crions dans un nouvel enthousiasme :
Avec conviction, à haute voix : Liberté !
Modéré : Liberté !
De toutes les extrémités avec un écho : Liberté!



Nous vous demandons de recopier ce tract, et de le diffuser !

Lire la suite...